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L’ABANDON

Baret : la conscience

Extrait du Chapitre 11

vendredi 13 avril 2018

Extrait du chapitre 11 de « L’Abandon »

– Je suis? interpellé par un mot que vous avez prononcé plus tôt : « non-accomplissement. » Pourrait-on? dire que l’on peut passer sa vie à réussir à échouer et que cela serait aussi une voie d’accomplissement… parce que ce non-accomplissement laisse un goût amer et amène à se poser beaucoup de questions sur le sens de sa vie ?

Vous pouvez passer votre vie à vous imaginer réussir ou rater. Mais vous ne pouvez rien rater ni réussir : c’est une idéologie.

Un jour vous serez las d’imaginer, à cet instant, vos réussites et vos échecs imaginaires, vos fantasmes de réussites et d’échecs futurs s’élimineront aussi. Voilà l’accomplissement, il n’y en a pas d’autre. C’est cela qu’il faut laisser s’installer en nous.

Pas de place pour un regret, un espoir ou une amertume : tout cela est une forme d’agitation. Restez tranquille, clair. La vie se déroule en vous, vous n’êtes pas dans la vie.

– S’il n’y a pas d’accomplissement, il n’y a pas d’évolution non plus ?

Il n’y a pas d’évolution psychologique. Le vieillard n’est pas plus que l’enfant : c’est une autre expression de la vie. Il n’est pas moins non plus lorsqu’il perd sa force, son intelligence, sa mémoire et sa santé.

– Quand le vieillard perd pied, qu’il perd la mémoire, il est moins conscient, non ?

Conscience? relative, car il n’était pas conscient. Il s’est imaginé réussir et rater des choses? — ce qui est de l’inconscience. Il s’est imaginé avoir un nom, décider de ses actes… Il s’est imaginé toute sa vie. Ce n’est pas parce qu’il oublie cet imaginaire qu’il y a un moins. Il retrouve quelque chose d’essentiel, sans mémoire, sans appropriation.

Il est bon d’observer combien la vue d’un vieillard qui devient sénile nous percute. Pourquoi est-ce si difficile ? Qu’est-ce qui m’effraie ? Je suis remis en question. Je m’aperçois que je vais être comme ça et que je ne vais plus pouvoir prétendre — prétendre ma réussite, mes échecs. Je vais être obligé d’abdiquer ma chère vie, ma chère identification à moi?-même. C’est cela qui m’est pénible.

Laissons le vieillard tranquille de nos projections, de nos peurs. Le vieillard va très bien : c’est nous qui avons peur. Un saumon en fin de vie n’est pas moins que dans sa splendeur. La dégénérescence, sur un certain plan, fait partie de notre processus biologique. Il y a autant de beauté? dans quelqu’un qui meurt que dans quelqu’un qui naît.

– S’il n’y a pas d’accomplissement, à quoi me sert ma conscience ?

La conscience ne vous sert à rien. Ce n’est pas un objet? destiné à vous stimuler psychologiquement. Ce n’est pas une voiture rouge, un mari ou un chien. Elle n’est pas là pour servir : elle est votre émotion fondamentale, elle vous pousse à vous chercher constamment à travers les situations.

« Conscience » : ce mot est mal? compris. En Orient on parle de « conscience sans objet ». Il n’y a pas à « être conscient ».

La conscience des gens qui veulent mourir « consciemment » n’a aucune importance. Ce qui se réalise à l’instant de la mort est d’un tout autre ordre. Mourir consciemment dépend de la capacité fonctionnelle de votre cerveau. Si vous recevez un coup de matraque sur le crâne, vous ne mourrez pas consciemment et il ne vous manquera rien.

La conscience de quelque chose est une conscience fonctionnelle. C’est comme une jambe pour marcher. Cette conscience-là n’a aucune substance, c’est une fonction. La Conscience, c’est autre chose.

– Si j’arrive à être en accord avec la conscience, puis-je atteindre l’essence ?

Essayez un instant d’être en désaccord avec votre conscience…

Que pourriez-vous être d’autre que votre conscience ? Vous n’êtes pas un zèbre rouge situé à l’extérieur de la conscience, pour vous mettre en accord avec elle. Cette conscience, c’est vous-même quand vous arrêtez de chercher quoi que ce soit, quand vous cessez de prétendre avoir le pouvoir d’être en accord ou en désaccord.

Dans votre silence, entre deux pensées, deux perceptions, dans le sommeil profond et dans tous les temps — parce que le temps apparaît dans la conscience -, votre vie est en accord parfait avec la conscience.

Supprimez tout commentaire idéologique sur votre vie. Votre savoir sur la vie vous empêche de voir combien elle est parfaite. Il n’y a rien à y changer. Votre vie change, c’est la vie. Vous n’avez pas à vous mettre en accord avec quoi que ce soit. Sinon vous allez toujours vous sentir en désaccord.

Vouloir être en accord est une peur. Peur de quoi ? La cause de la peur est imaginaire, à un moment donné on cesse de trembler. Ce qui se présente est l’accord. Quand je ne le qualifie plus de positif ou de négatif, de réussite ou d’échec, ce qui se présente n’est autre que moi-même, que ma résonance : là, il y a accord véritable. Ce n’est pas un accord d’un sujet vers un objet, c’est un accord d’unité, sans séparation. Un accord avec votre corps lorsqu’il souffre ou fonctionne, avec la vie dans ce qu’elle vous offre. Sans demande d’accomplir, de recevoir quoi que ce soit.

C’est extraordinaire d’écouter. Cela transcende ce que l’on écoute. L’accord profond de la vie consiste à écouter.

Être un instant sans demande, sans attente, est la chose la plus simple qui soit. Cela vous lie avec tous les êtres, tous les mondes. Là, il y a symbiose.

Si vous essayez de vous mettre en accord avec quoi que ce soit, vous vous mettez en accord avec une idéologie : si vous êtes musulmane vous vous mettez en accord avec la charia ou votre tarika, si vous êtes bouddhiste vous vous mettez en accord avec le Sangha ou le dharma ; avec vos concepts si vous êtes athée, etc. Cet accord-là a peu de valeur.

Il faut se mettre en accord avec ce qui se présente dans l’instant. Mais cela, vous ne pouvez pas le faire. C’est une grâce qui vous appelle et que vous refusez à chaque instant parce que vous voulez être en accord avec l’instant d’après… Voir le mécanisme.

L’émotion qui surgit en moi, c’est avec elle que je dois être en accord. Il n’y a rien d’autre.

– Que nous soyons nous-même sans attente oui, mais les sollicitations venant de l’extérieur ?

Il faut les aimer. C’est normal? que votre chien attende son repas, que votre amant, votre mari, votre enfant, votre père, votre patron, votre employé attendent quelque chose. Mais vous allez vous rendre compte que vous n’êtes pas là pour répondre aux attentes des autres. Vous êtes là, éventuellement, pour stimuler la non-attente dans votre entourage. Parfois votre environnement sera satisfait, parfois il sera déçu : il faut respecter ça, il a besoin des deux. Votre enfant a besoin que vous le combliez et que vous le déceviez ; sa maturité dépend des deux, du oui et du non. Votre ami a besoin de la même chose, votre dromadaire aussi.

Aucune culpabilité à avoir. Vous n’êtes pas là pour répondre aux attentes de votre voisin. Il y a toujours un voisin qui vous trouvera trop grande, un autre qui vous trouvera trop petite. Respectez chacun. Pour certains vous paraîtrez sympathique, pour d’autres antipathique : tous ont raison ; selon leur état affectif, ils vous voient d’une manière ou d’une autre.

À un moment donné, vous ne vous nourrissez plus de la projection de votre voisin. Vous le respectez dans sa haine comme dans son amour. C’est une projection, il ne parle qu’à lui-même. Vous n’êtes pas concerné. Vous comprenez intimement pourquoi, quand il vous voit, il éprouve une telle haine et a envie de vous étrangler ou un tel amour et a envie de vous sauter dessus. Il ne peut pas faire autrement. C’est comme les chiens qui veulent vous mordre ou vous lécher. Vous n’êtes pas là pour enseigner au chien qui veut vous mordre qu’il n’a pas à le faire, ni à expliquer à celui qui vous lèche qu’il projette une sécurité sur vous et qu’il ferait mieux de la trouver en lui-même. Vous respectez le chien qui voit cette sécurité en vous et vous lèche comme celui qui veut vous égorger. Vous agissez en fonction de la situation. Par respect.

Si vous n’avez pas de problème envers vous-même, vous n’en aurez aucun envers la société. La société est claire, parfaite… sauf lorsque l’on vit dans l’attente, dans l’intention. Là, il y a conflit.

Tant que l’on veut que l’environnement soit différent, l’insatisfaction demeure. Que mon mari devienne exactement ce que je désire de lui, le lendemain autre chose manquera quand même… Ce que je demande à mon mari, à mon chameau c’est moi-même. Cela, aucun chameau ne peut me le donner. Dans l’instant où je n’attends plus rien de quoi que ce soit, y compris de moi-même, je réalise qu’écouter est ma sécurité, ma jouissance, ma satisfaction?. Je n’ai plus besoin que l’on m’écoute, que l’on m’aime ou me déteste ; je comprends, je respecte la façon dont le monde? me voit — il a ses raisons.

L’environnement ne crée aucun heurt psychologique. S’il suscite en moi la moindre difficulté, c’est que je porte une forme de jugement : je reviens vers moi-même. Au lieu de vivre la réalité?, je pense que l’environnement devrait être différent. L’environnement est ce qu’il est. N’être pas d’accord avec la réalité c’est avoir un problème : non avec elle, avec soi.

Regarder clairement en soi. S’apercevoir que son mari, son patron, son chien ne peuvent faire autrement que de sentir ce qu’ils ressentent, d’agir? comme ils agissent. Dans ce respect, cet amour de la réalité, je réintègre la disponibilité.


Voir en ligne : ERIC BARET