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Actes du Colloque International de Cerisy-la-Salle : Juillet 1973

Lavastine : Le monachisme

TRI-VARGA (Les Trois Valeurs)

jeudi 29 mars 2018

L’homme? est un être social, aussi longtemps qu’il n’est pas en état de péché? mortel. Voyons donc le paradoxe de ces hommes, qui prétendent être spécifiquement des religieux : les moines, dont l’entreprise suppose une asocialité, dont ils ne veulent pas se départir en allant dans le monde?. Ce retrait, s’il n’est pas temporaire, en fait des hommes de péché qu’ils devront propager partout, puisqu’ils en vivent.

Certains moines l’admettaient, ceux que l’on appelait les moines dans le monde ; et d’autres le niaient. Notre attaque porte seulement sur ces derniers, dont saint Basile disait : « L’homme n’est pas un animal monastique. Il est fait de manière à ne pouvoir se passer du secours de ses semblables... Dieu l’a voulu ainsi pour nous forcer à nous réunir, à nous associer. La vie solitaire, en repliant chaque individu sur lui-même, mutile la nature?... Que devient la solidarité humaine dans la vie solitaire du désert ? Il est écrit que nous sommes tous un corps dont Jésus-Christ est la tête, dont les fidèles sont les membres. Si chacun de nous se retire dans sa solitude, pour chercher son propre salut, comment, ainsi divisés, formerons-nous un seul corps ? Comment nous réjouirons-nous avec celui qui est comblé des dons du Seigneur ? Comment souffrirons-nous avec celui qui souffre ?... La vie des anachorètes aboutit au plus monstrueux égoïsme. » (Regulae fusius tractatae, VII).

La solution de cette énigme, l’apparition du monachisme, phénomène? totalement inconnu des temps védiques et bibliques, où l’on trouve des patriarches, ce qui est tout autre chose?, est à rechercher dans cette déviation de la notion de « méditation ». Meditatio, selon Meillet, signifie « préparation, pratique, exercice » (beaucoup plus que « réflexion, méditation »). Meditor est un itératif medeor, « donner ses soins à », d’où les mots med-icus, re-medium ; et le rapport profond avec la racine des mots médiation, moyen, est indubitable. Or, nous avons vu que la meilleure traduction du mot artha était « moyen ».

Qui veut la fin veut les Artha, les moyens ! Mais ce serait compter sans l’avarice humaine, le refus de payer le prix. On veut la fin sans les moyens. Même sur le plan le plus élevé : la Mystique. Ainsi la fin du Veda (Vedânta) était de délivrer de ses liens la Puissance divine (Shakti?-Shabdabrahmari) captive, chétive parmi les hommes, aussi longtemps que nous n’avons pas été « préparés, travaillés, exercés », meditati [i]. Mais un faux Vedânta apparut, lequel proclama qu’il y avait un chemin vers la fin qui ne passait plus par le monde et qui permettait, en un mot, de ne plus avoir à payer. Par le seul intellect (Buddhî), en se détournant des deux domaines « inférieurs » des sentiments? (manas?) et du corps (deha) — analogiquement : les femmes et les enfants dans la famille et les classes « inférieures » dans la société — il devait être possible d’atteindre le Suprême.

Et les hommes obéirent à cet appel qui fut proclamé partout : « Abandonnez femmes et enfants ! Allez dans la forêt ! », c’est-à-dire « Laissez le monde et tout ce qu’il contient ! Méditez le But suprême ! Méditez ! Méditez ! ». Cette folie de méditation qui s’empara des « moines », devait faire de l’Inde entière un désert qui se propagea magnifiquement.


Voir en ligne : MONACHOS


[iHomo meditatus s’opposait à l’homme non cultivé, homo subitus.