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THE DOCTRINE OF VIBRATION

Dyczkowski : la conscience et l’univers

Shaiva Idealism

dimanche 11 mars 2018

Extrait des pages 48-50

Français

L’univers et la conscience? sont deux aspects de l’ensemble, tout comme la qualité et la substance constituent deux aspects d’une même entité. L’univers est un attribut (dharma) de la conscience qui le porte (dharmin) comme sa substance.

On dit que la ’substance’ est ce repos dans lequel tout ce groupe de catégories se manifeste et est rendu effectif. Maintenant, si vous ne vous mettez pas en colère [nous insistons sur le fait que] toute cette classe de mondes, d’entités, d’éléments et de catégories (tattva) repose dans la conscience et [se repose dedans] est comme elle est.

Ainsi la conscience contient tout en ce sens qu’elle est le fondement ou la base (ādhāra) de toutes choses, leur être même (sattā) et la substance à partir de laquelle elles sont faites. Mais, contrairement au Brahman? de l’Advaita? Vedānta, ce n’est pas la base réelle (adhiṣṭhāna) d’une projection ou d’une illusion? irréelle. La conscience et son contenu sont essentiellement identiques et également réels. Ce sont deux formes de la même réalité. La conscience est à la fois le substrat et ce qu’elle soutient : la perception de la conscience et son objet?. A cet égard, le shivaïsme du Cachemire est franchement et sans réserve idéaliste. Bien qu’il ne nie pas la réalité de l’objet, sa position est en contradiction avec les formes de réalisme les plus communément admises. Le réaliste soutient que le contenu perçu est indépendant de l’acte de perception. Le contenu n’est accidentellement qu’un objet de perception et ne subit aucun changement dans le processus d’être perçu. Sa thèse, cependant, est essentiellement invérifiable ; pour le vérifier, il faudrait connaître un objet sans le percevoir. Ceci, du point de vue du shivaïsme du Cachemire, n’est pas possible. Des objets dont nous n’avons aucune connaissance? peuvent en effet exister?, mais ils ne sont connaissables en tant qu’objets que s’ils sont liés à des sujets qui les perçoivent. En ce sens, s’il n’y avait pas de sujets, il ne pourrait y avoir d’objets. Le sujet, cependant, par opposition à l’objet est, en termes de phénoménologie de la perception, apparent à lui-même. Il est auto-lumineux (svaprakāśa). Ainsi, la conscience (l’essence de la subjectivité) est sa propre conscience en vertu de laquelle toutes les choses existent.

Le réaliste soutient que la conscience diffère nettement de son objet dans la mesure où ses propriétés sont contraires l’une à l’autre. L’idéaliste shivaïte, cependant, dit que l’objet est une forme de conscience (vijñānākāra). Le statut objectif de l’objet est la cognition elle-même. La perception manifeste son objet et le rend immédiatement apparent (sphuṭa) à ceux qui le perçoivent. Il n’apparaît pas à un autre moment. Si « bleu » devait exister en dehors de la cognition de « bleu », deux choses apparaîtraient : « bleu » et sa cognition, ce qui n’est pas le cas. C’est la perception de l’objet qui constitue sa nature? manifeste. Une entité devient un objet de connaissance [49] non pas en vertu de l’entité elle-même mais par notre connaissance de celle-ci. Si les objets avaient la propriété de faire apparaître d’autres objets, il serait possible qu’un objet en fasse apparaître un autre à sa propre ressemblance. « Bleu » est perçu comme « bleu » parce qu’il est manifeste en tant que tel pour le percepteur. Comme le souligne Abhinava Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
 :

La [nature d’un] objet de la connaissance ne peut pas être établie par un moyen de connaissance qui ne lui est absolument pas apparenté - un corbeau ne devient pas blanc parce qu’un cygne [assis à côté] est blanc.

D’autre part, la perception est immédiatement apparente à la conscience. Elle est auto-lumineuse dans le sens où elle est directement connue sans besoin d’être connue par aucun acte ultérieur de perception et fait connaître son objet en même temps. Adoptant la doctrine bouddhiste de Yogācāra selon laquelle les choses perçues nécessairement ensemble sont les mêmes (sahopalambhaniyamavāda), le shivaïte affirme que, parce que le perçu n’est jamais trouvé en dehors de la perception, il est en fait identique. La réalité (satya) est le point où l’intelligible et le sensible se rencontrent dans l’unité commune de l’être ; on ne peut pas dire qu’il existe en soi, en dehors de la connaissance ou de la vision. Bhagavatotpala dans son commentaire sur les citations Stanzas on Vibration :

Une fois que l’objet est réduit à sa nature authentique, on sait [la vraie nature de] la conscience. Quoi alors [reste de] l’objectivité ? Qu’est-ce qui [pourrait être] plus élevé que la conscience ?

La conscience est essentiellement active. Plein de la vibration de sa propre énergie engagée dans l’acte de perception, elle se manifeste extérieurement comme son propre objet. Lorsque l’acte de perception est terminé, la conscience réabsorbe l’objet et se retourne sur lui-même pour reprendre sa nature intérieure indifférenciée.

La connaissance (jñāna) se manifeste intérieurement et extérieurement comme chaque entité individuelle ... Une fois que la connaissance a pris cette forme, elle retombe [en elle-même].

Le bouddhiste Yogācāra soutient de même que la conscience crée ses propres formes. Mais, selon lui, parce que le perçu et la perception sont identiques, il n’y a aucun objet perçu du tout. Le soi-disant monde extérieur est simplement un flux de cognitions, ce n’est pas réel. Il est fermement engagé à une doctrine de l’illusion. La réalité de la conscience de [50] son ​​point de vue est établie en prouvant l’irréalité de l’univers. "Tout cela consiste en l’acte de la conscience seule", dit Vasubandhu, "parce que les entités irréelles apparaissent, tout comme un homme? avec une vision défectueuse voit des cheveux irréels ou une lune, etc. ». Il désigne les rêves comme des exemples de constructions purement subjectives qui semblent être des réalités objectives. La réalité apparente des rêves ne dérive d’aucun monde concret et objectif, mais seulement de l’idée d’objectivité. Alors que le Yogācāra ne dit pas qu’une idée a, par exemple, des attributs spatiaux, elle a une forme qui les manifeste. Bien qu’il soit d’accord avec l’idéaliste shivaïte, que les apparences n’ont pas d’existence indépendante en dehors de leur apparition à la conscience, il maintient que pour cette raison elles sont irréelles. La créativité de la conscience consiste en sa diversification dans de nombreux modes ayant une externalité apparente ; ce n’est pas une création d’objets.

Original

The universe and consciousness are two aspects of the whole, just as quality and substance constitute two aspects of a single entity. The universe is an attribute (dharma) of consciousness which bears (dharmin) it as its substance.

It is said that ‘substance’ is that resting in which this entire group of categories manifests and is made effective. Now, if you don’t get angry [we insist that] this entire class of worlds, entities, elements and categories (tattva) rests in consciousness and [resting in it] is as it is.

Thus consciousness contains everything in the sense that it is the ground or basis (ādhāra) of all things, their very being (sattā) and substance from which they are made. But, unlike the Brahman of the Advaita Vedānta, it is not the real basis (adhişţhāna) of an unreal projection or illusion. Consciousness and its contents are essentially identical and equally real. They are two forms of the same reality. Consciousness is both the substratum and what it supports : The perceiving awareness and its object. In this respect, the Kashmiri Śaiva is frankly and without reserve an idealist. Although he does not deny the reality of the object, his position is at odds with most commonly accepted forms of realism. The realist maintains that the content perceived is independent of the act of perception. The content is only accidentally an object of perception and undergoes no change in the process of being perceived. His contention, however, is essentially unverifiable ; to verify it, we would have to know an object without perceiving it. This, from the Kashmiri Śaiva point of view, is not possible. Objects of which we have no knowledge may indeed exist, but they are knowable as objects only if they are related to subjects who perceive them. In this sense, if there were no subjects, there could be no objects.86 The subject, however, as opposed to the object is, in terms of the phenomenology of perception, apparent to himself. He is self-luminous (svaprakāśa). Thus, consciousness (the essence of subjectivity) is one s own awareness by virtue of which all things exist.

The realist maintains that consciousness clearly differs from its object insofar as their properties are contrary to each other. The Śaivite idealist, however, says that the object is a form of awareness (vijñānākāra). The objective status of the object is cognition itself. Perception manifests its object and renders it immediately apparent (sphuţa) to those who perceive it. It does not appear at any other time. If ‘blue’ were to exist apart from the cognition of ‘blue’, two things would appear : ‘blue’ and its cognition, which is not the case. It is the perception of the object which constitutes its manifest nature. An entity becomes an [49] object of knowledge not by virtue of the entity itself but by our knowledge of it. If objects had the property of making other objects appear, it would be possible for one object to make another appear in its own likeness. ‘Blue’ is perceived to be ‘blue’ because it is manifest as such to the perceiver. As Abhinava points out :

The [nature of an] object of knowledge could not be established through a means of knowledge totally unrelated to it—a crow does not become white because a swan [sitting next to it] is white.

Perception, on the other hand, is immediately apparent to consciousness. It is self-luminous in the sense that it is directly known without need of being known by any ulterior acts of perception and makes its object known at the same time. Adopting the Buddhist Yogācāra doctrine that things necessarily perceived together are the same (sahopalambhaniyamavāda), the Śaivite affirms that because the perceived is never found apart from perception, they are in fact identical. Reality (satya) is the point where the intelligible and the sensible meet in the common unity of being ; it cannot be said to exist in itself outside, and apart from, knowledge or vision. Bhagavatotpala in his commentary on the Stanzas on Vibration quotes :

Once the object is reduced to its authentic nature, one knows [the true nature of] consciousness. What then [remains of] objectivity ? What [indeed could be] higher than consciousness ?

Consciousness is essentially active. Full of the vibration of its own energy engaged in the act of perception, it manifests itself externally as its own object. When the act of perception is over, consciousness reabsorbs the object and turns in on itself to resume its undifferentiated inner nature.

Knowledge (jñāna) manifests internally and externally as each individual entity .... Once knowledge has assumed that form it falls back [into itself].

The Yogācāra Buddhist similarly maintains that consciousness creates its own forms. But, according to him, because the perceived and perception are identical, there is no perceived object at all. The so-called outer world is merely a flux of cognitions, it is not real. He is firmly committed to a doctrine of illusion. The reality of consciousness from [50] his point of view is established by proving the unreality of the universe.

“All this consists of the act of consciousness alone”, says Vasubandhu, “because unreal entities appear, just as a man with defective vision sees unreal hair or a moon, etc.”.

He points to dreams as examples of purely subjective constructs which appear to be objective realities. The apparent reality dreams possess is not derived from any concrete, objective world, but merely from the idea of objectivity. While the Yogācāra does not say that an idea has, for example, spatial attributes, it does have a form manifesting them. While he agrees with the Śaiva idealist that appearances have no independent existence apart from their appearing to consciousness, he maintains that for this reason they are unreal. The creativity of consciousness consists in its diversification in many modes having apparent externality ; it is not a creation of objects.


Voir en ligne : THE DOCTRINE OF VIBRATION