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PRIMEIRO ALCIBÍADES

Platão (Alcibíades I:106b-109c) – Competência de Alcibíades

sexta-feira 11 de fevereiro de 2022, por Cardoso de Castro

    

Chambry

SOCRATE  

Me demandes-tu si je puis le, faire par un long discours, comme ceux que tu es habitué à entendre ? Non, ce n’est pas ma manière ; mais je suis en état, je crois, de te démontrer qu’il en est ainsi, pourvu seulement que tu consentes à m’y aider un peu.

ALCIBIADE

J’y consens, si l’aide n’est pas trop difficile à donner.

SOCRATE

Est-il difficile, selon toi, de répondre à ce qu’on te demande ?

ALCIBIADE

Non, ce n’est pas difficile.

SOCRATE

Réponds-moi donc.

ALCIBIADE

Interroge-moi.

SOCRATE

Je vais donc te poser des questions comme si tu avais les desseins que je t’attribue.

ALCIBIADE

Pose-les ainsi, si tu le veux, je saurai enfin ce que tu as à dire.

SOCRATE

Eh bien, allons, tu te proposes donc, comme je l’affirme, de te présenter devant les Athéniens sous peu de jours pour leur donner des conseils. Si donc, au moment de monter à la tribune, je te prenais à part et te demandais : « Alcibiade, sur quoi les Athéniens se proposent-ils de délibérer, que tu te lèves pour leur donner des conseils ? N’est-ce pas sur un sujet que tu connais mieux qu’eux ? », que répondrais-tu ?

ALCIBIADE

Je répondrais sans doute que c’est sur un sujet que je connais mieux qu’eux.

SOCRATE

Alors c’est à propos de choses que tu connais réellement que tu peux donner de bons conseils ?

ALCIBIADE

Sans doute.

SOCRATE

Or les seules choses que tu connaisses, ne sont-ce pas celles que tu as apprises d’autrui ou que tu as trouvées de toi-même ?

ALCIBIADE

Quelles autres pourrais-je connaître ?

SOCRATE

Maintenant, se peut-il que tu aies jamais appris ou découvert quelque chose sans vouloir l’apprendre, ni le chercher toi-même ?

ALCIBIADE

C’est impossible.

SOCRATE

Mais dis-moi : aurais-tu consenti à chercher ou à apprendre ce que tu pensais connaître ?

ALCIBIADE

Non, certes.

SOCRATE

Ainsi ce que tu sais présentement, il a été un temps où tu ne croyais pas le connaître ?

ALCIBIADE

Nécessairement.

SOCRATE

Eh bien, les choses que tu as apprises, je pense pouvoir te les dire ; si j’en oublie quelqu’une, nomme-la-moi. Tu as donc appris, si je m’en souviens bien, à lire et à écrire, à toucher de la cithare et à lutter ; car pour la flûte, tu n’as pas voulu l’apprendre. Voilà ce que tu connais, à moins que tu n’aies appris quelque chose à mon insu, et, j’imagine, sans sortir de chez toi ni de nuit ni de jour.

ALCIBIADE

Non, je n’ai pas pris d’autres leçons que celles que tu as dites.

SOCRATE

IV. — En ce cas, est-ce lorsque les Athéniens délibéreront sur la manière d’écrire correctement que tu te lèveras pour les conseiller ?

ALCIBIADE

Non, par Zeus  , non.

SOCRATE

Alors c’est quand ils délibéreront sur la manière de toucher de la lyre ?

ALCIBIADE

Nullement.

SOCRATE

Mais ils n’ont pas non plus l’habitude   de délibérer sur les exercices de la palestre dans l’assemblée.

ALCIBIADE

Non, assurément.

SOCRATE

Sur quoi donc attendras-tu qu’ils délibèrent ? Ce n’est sans doute pas sur des constructions ?

ALCIBIADE

Non, sûrement.

SOCRATE

Car un architecte les conseillera mieux que toi sur ce point.

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Ce ne sera pas non plus quand ils délibéreront sur un point de divination.

ALCIBIADE

Non.

SOCRATE

Car sur ce point encore, un devin leur donnera de meilleurs avis que toi.

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Et cela, qu’il soit petit ou grand, beau ou laid, de haute ou de basse naissance.

ALCIBIADE

Sans difficulté.

SOCRATE

Car c’est à l’homme qui sait, je pense, qu’il appartient de donner des conseils sur chaque question, et non au riche.

ALCIBIADE

Cela est hors de doute.

SOCRATE

Mais que le conseiller soit pauvre ou qu’il soit riche, peu importera aux Athéniens, quand ils délibéreront sur la santé publique : c’est à un médecin qu’ils demanderont conseil.

ALCIBIADE

Naturellement.

SOCRATE

Sur quoi faudra-t-il donc qu’ils délibèrent pour que tu te lèves et leur donnes de bons conseils ?

ALCIBIADE

Sur leurs propres affaires, Socrate.

SOCRATE

Veux-tu parler des constructions navales, quand ils se demandent quelle sorte de vaisseaux ils doivent faire construire ?

ALCIBIADE

Non pas, Socrate.

SOCRATE

C’est qu’en effet tu ne sais pas, je crois, construire un vaisseau. Est-ce pour cette raison que tu t’abstiendras, ou y en a-t-il une autre ?

ALCIBIADE

Non, c’est pour celle-là.

SOCRATE

Mais sur lesquelles de leurs affaires veux-tu qu’ils délibèrent pour intervenir ?

ALCIBIADE

Sur la guerre ou sur la paix, Socrate, ou sur quelque autre affaire d’Etat.

SOCRATE

Veux-tu dire quand ils délibéreront avec qui il faut conclure la paix, à qui il faut faire la guerre et comment ?

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Et s’il faut la faire, n’est-ce pas à ceux à qui il vaut mieux la faire ?

ALCIBIADE

Si.

SOCRATE

Et au moment où c’est le mieux ?

ALCIBIADE

Certainement.

SOCRATE

Et aussi longtemps que cela vaut mieux ?

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Maintenant, si les Athéniens délibéraient contre qui il faut lutter à bras-le-corps, contre qui lutter avec les mains, et de quelle manière, est-ce toi ou le maître de palestre qui leur donnerait de meilleurs conseils ?

ALCIBIADE

C’est le maître de palestre assurément.

SOCRATE

Peux-tu me dire ce que le maître de palestre aurait en vue en leur indiquant avec qui il faut ou ne faut pas lutter, à quel moment et de quelle manière ? Je m’explique avec qui faut-il lutter ? n’est-ce pas avec qui cela est le mieux ? oui ou non ?

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Et aussi dans la mesure où c’est le mieux ?

ALCIBIADE

Oui, dans cette mesure.

SOCRATE

Et au moment où c’est le mieux ?

ALCIBIADE

Certainement.

SOCRATE

De même un chanteur doit parfois jouer de la cithare et danser en accord avec son chant.

ALCIBIADE

Effectivement.

SOCRATE

Et au moment où c’est le mieux ?

ALCIBIADE

Oui.

SOCRATE

Et dans la mesure où c’est le mieux ?

ALCIBIADE

J’en conviens.

SOCRATE

V. — Eh bien maintenant, puisque tu as appliqué le terme de « mieux » à ces deux cas, au jeu de la cithare accompagnant le chant et à la lutte, qu’appelles-tu mieux, toi, dans le jeu de la cithare, comme moi j’appelle « gymnastique » le mieux dans le cas de la lutte. Comment désignes-tu l’autre cas ?

ALCIBIADE

Je ne saisis pas.

SOCRATE

Eh bien, essaye de m’imiter. Moi, j’ai répondu à peu près : c’est ce qui est absolument correct, et ce qui est correct, c’est, je crois, ce qui est fait selon les règles de l’art. Ne l’admets-tu pas ?

ALCIBIADE

Si.

SOCRATE

Et l’art ici, n’était-ce pas la gymnastique ?

ALCIBIADE

Sans doute.

SOCRATE

Et moi, j’ai dit que dans le cas de la lutte, le mieux était « gymnastique ».

ALCIBIADE

Tu l’as dit en effet.

SOCRATE

N’ai-je pas bien dit ?

ALCIBIADE

Si, à mon avis.

SOCRATE

Allons, à ton tour ; car il te convient, à toi aussi, de bien raisonner. Dis-moi d’abord quel est l’art dont relèvent le jeu de la cithare, le chant et la justesse des pas ? Quel est son nom générique ? Ne peux-tu pas encore le dire ?

ALCIBIADE

Non, ma foi.

SOCRATE

Eh bien, essaye de cette manière-ci. Quelles sont les déesses qui président à cet art ?

ALCIBIADE

Ce sont les Muses  , Socrate, dont tu veux parler ?

SOCRATE

Oui. Vois maintenant. Quel nom cet art a-t-il tiré des Muses ?

ALCIBIADE

C’est la musique que tu veux dire, ce me semble.

SOCRATE

Effectivement. Eh bien, ce qui se fait correctement suivant cet art, qu’est-ce ? Dans l’autre cas, je t’ai bien désigné ce qui se fait suivant l’art par le mot gymnastique.

Pareillement, que dis-tu, toi, dans ce cas ? Comment cela se fait-il ?

ALCIBIADE

Musicalement, j’imagine.

SOCRATE

C’est juste. Continue maintenant. Le mieux dans l’art de faire la guerre et le mieux dans l’art de faire la paix, ce mieux-là, comment l’appelles-tu ? Tout à l’heure, à propos de chacun des deux cas, tu disais que le mieux, dans l’un, est ce qui est plus musical, dans l’autre, ce qui est plus gymnastique ; essaye maintenant de dire ce qu’est le mieux en ce cas.

ALCIBIADE

J’en suis complètement incapable.

SOCRATE

Voilà qui est vraiment honteux. Si en effet quelqu’un t’entendait raisonner et donner des conseils sur les aliments et dire : « Celui-ci est meilleur que celui-là, meilleur à présent et en telle quantité, » et qu’il te demandât ensuite « Qu’appelles-tu meilleur, Alcibiade ? », en une telle mati  ère tu saurais bien répondre que c’est le plus sain, bien que tu ne te donnes pas pour médecin, et à propos d’une chose que tu prétends savoir et sur laquelle tu veux donner ton avis à la tribune, parce que tu crois la connaître, tu n’es pas honteux d’être visiblement incapable de répondre à une question qu’on te pose ?

ALCIBIADE

Si, très honteux.

SOCRATE

Applique-toi donc et tâche de définir le sens de ce mieux dans le fait d’être en paix ou en guerre avec les peuples avec lesquels il faut l’être  .

ALCIBIADE

J’ai beau m’appliquer, je n’arrive pas à le découvrir.

SOCRATE

Quoi ! tu ne sais même pas, quand nous faisons la guerre, ce que nous alléguons les uns contre les autres pour nous y engager et de quel terme nous le désignons alors ?

ALCIBIADE

Je sais que nous disons qu’on nous trompe, qu’on nous fait violence ou qu’on nous dépouille.

SOCRATE

Voyons : de quelle manière nous traite-t-on en chacun de ces cas ? Essaye de dire en quoi telle manière diffère de telle autre.

ALCIBIADE

Veux-tu dire par là, Socrate, que telle manière est juste, telle autre injuste ?

SOCRATE

C’est cela même.

ALCIBIADE

Oh ! mais elles diffèrent du tout au tout.

SOCRATE

Eh bien, contre qui conseilleras-tu aux Athéniens de faire la guerre, contre ceux qui agissent injustement ou contre ceux qui pratiquent la justice ?

ALCIBIADE

Tu me poses là une étrange question ; car, même si l’on pense qu’il faut faire la guerre à ceux qui pratiquent la justice, on ne l’avouera jamais.

SOCRATE

Parce que ce n’est pas conforme au droit, à ce qu’il paraît.

ALCIBIADE

Non certes ; et cela ne passe pas non plus pour honnête.

SOCRATE

Ainsi c’est en vue du droit et de l’honnête que tu parleras ?

ALCIBIADE

Il le faut bien.

Taylor

SOC. Do you ask me, whether I am able to prove it to you in a long harangue, such a one as you are accustomed to hear? I have no abilities in that way. But yet I should be able, as I think, to prove to you, that those pretensions of mine are not vain, if you would be willing but to do me one small piece of service.

ALC. If that service be not difficult to be done, I am willing.

SOC. Do you think it difficult, or not, to make answers to such questions as are proposed to you?

ALC. Not difficult. .

SOC. Be ready then to answer.

ALC. Do you then propose your questions.

SOC. May I propose them, with a supposition that you have those thoughts in your mind   which I attribute to you?

ALC. Be it so, if you choose it; that I may know what further you have to say.

SOC. Well   then. You have it in your mind, as I said, to appear in presence of the Athenians within a short time, with intention to harangue them and give them your advice. If therefore, when you are just ready to mount the rostrum, I were to stop you, and to say thus, «Since the Athenians are here met in assembly, on purpose to deliberate on some of their affairs, what, I pray you, are to be the subjects of their deliberation, now that you rise up to give them your counsel? Must not the subjects be such as you are better acquainted with than they?» what answer would you make me?

ALC. I certainly should answer, that the subjects were such as I knew better than others who were present.

SOC. On those subjects, then, which you happen   to have knowledge in you are a good counsellor?

ALC. Without doubt.

SOC. Have you knowledge in those things only which you have either learnt from others, or found out yourself?

ALC. What things other than those is it possible that I should have any knowledge in?

SOC. And is it possible that ever you should have learnt, or have found out, any thing which you were not willing to learn, or to search out by yourself?

ALC. It is not.

SOC. And were you at any time willing to learn, or did you ever at any time seek to know, any things in which you imagined yourself to be already knowing?

ALC. No, certainly.

SOC. In those things which you now happen to know, was there once a time when you did not think yourself knowing?

ALC. That must have been.

SOC. Now, what the things are which you have learnt, I tolerably well know. But if you have been taught any thing without my knowledge, tell me what. To the best of my memory, you have been taught grammar, the gymnic exercises, and to play on stringed instruments of music: for on wind-instruments, besides, you refused to learnt This is the sum total of all your knowledge: unless you have learnt any thing else in some place or other, which I have not discovered: and I think, that neither by day nor yet by night did you ever stir out of doors but I was acquainted with all your motions.

ALC. ’Tis true that I have not gone to any other masters than to such as taught the arts which you have mentioned.

SOC. Well then. When the Athenians are consulting together about the grammar of their language, how to write or speak it with propriety, at these times is it that you will rise up to give them your advice?

ALC. By Jove, not I.

SOC. But is it then when they are in debate   about striking chords on the lyre?

ALC. By no means should I make a speech on such a subject.

SOC. It cannot be on the subject of wrestling neither: because they never use to deliberate of this subject in their public assemblies.

ALC. Certainly not.

SOC. On what subject, then, of their consultations is it that you intend the giving them your advice? It cannot be when building is the subject.

ADC. No, certainly.

SOC. Because in this case a builder would give them better advice than you could.

ALC. True.

SOC. Nor yet is it when they consult together concerning divination.

ALC. It is not.

SOC. For a diviner would in this case be a better counsellor than you.

ALC. Without doubt.

SOC. And that, whether he was a tall or a short man; whether his person was handsome or deformed; and whether his family was noble or ignoble.

ALC. How should it be otherwise?

SOC. For to give good advice in any case whatever, belongs, I suppose, only to a person skilled in the subject, and not to a fine gentleman.

ALC. Beyond all question.

SOC. And whether the man who gives them his advice be rich or poor, it will make no difference to the Athenians, when they are consulting about the health of the city; but they will always inquire after a physician only to consult with.

ALC. They will be right in so doing.

SOC. Now, on what subject is it, when they are met in consultation together, that you will do right in rising up and giving them your counsel?

ALC. ’Tis when they are in consultation, Socrates, about their own affairs.

SOC. About increasing their navy, do you mean? what sort of vessels they should provide, and in what manner they should have them built?

ALC. I mean no such thing, Socrates.

SOC. Because you are ignorant, I presume, in the art of shipbuilding. Is not this the reason? Or is there any other, why you would choose in such a consultation to sit silent?

ALC. That is the only reason.

SOC. What affairs of their own then do you mean?

ALC. I mean, Socrates, when they are deliberating about the making war, or the making peace; or concerning any other affairs of state.

SOC. Do you mean, when they are deliberating on these points, with whom ’tis proper for them to make peace, and with whom to engage in war, and in what way ’tis proper to carry on that war? Is this what you mean?

ALC. It is.

SOC. And you will agree, that ’tis proper to make peace or war with those people with whom ’tis best so to do?

ALC. Certainly.

SOC. And at that time when ’tis best?

ALC. By all means.

SOC. And to continue it so long as ’tis best to continue it?

ALC. To be sure.

SOC. Now, suppose that the Athenians were deliberating about the exercise of wrestling, with what sort of persons it is proper to come to close quarters, and with whom to engage at arm’s length, and in what way, would you give the best counsel in this case, or would a master of the exercises?

ALC. Such a master, certainly.

SOC. Can you tell me now, what end such a master would have in his view, when he gave his counsel on these points, with whom it is proper to wrestle closely, and with whom not so? at what times it is proper, and in what manner? My meaning is to ask you these questions: Whether is it proper to wrestle closely with those persons with whom it is best so to wrestle, or is it not?

ALC. It is.

SOC. Whether as much also as is best?

ALC. As much.

SOC. Whether at those times too when ’tis best?

ALC. Without doubt.

SOC. But further: Ought not a singer, sometimes, in singing, to touch his lute, and to move his feet?

ALC. He ought.

SCX. Ought he not to do so at those times when ’tis best so to do?

ALC. Certainly.

SOC. And to continue the doing so as long as ’tis best to continue it?

ALC. I agree.

SOC. Well now. Since you agree with me that there is a best in both these actions, in fingering the lute whilst singing, and in the exercise of close wrestling, by what name call you that which is the best in fingering the lute? As that which is the best in wrestling I call gymnastical, what name now do you give to that which is best done in that other action?

ALC. I do not apprehend your meaning.

SOC. Try to copy after the pattern which I shall now give you. Supposing, then, that I had been asked this question, «In wrestling, how is that performed which is performed best?» I should answer, ’Tis performed in every respect rightly. Now, in wrestling, that performance is right which is according to the rules of art. Is it not?

ALC. It is.

SOC. And the art, in this case, is it not gymnastic?

ALC. Without dispute.

SOC. I said, that that which is the best in wrestling is gymnastical.

ALC. You did.

SOC. And was is not well said?

ALC. I think it was.

SOC. Come then. Do you in like manner (for it would not ill become you likewise to discourse well) say, in the first place, What is the art, to which belong the playing on the harp, the singing, and the moving at the same time, rightly all; the whole of this art, by what name is it called? Are you not yet able to tell?

ALC. Indeed I am not.

SOC. Try in this way then. What goddesses are those who preside over this art?

ALC. The muses mean you, Socrates?

SOC. I do. Consider now, what name is given to their art - a name derived from them.

ALC. I suppose you mean music.

SOC. The very thing. What then is that which is performed rightly, according to this art? Just as in the other case I told you, that whatever was performed rightly according to the rules of that other art, was gymnastical; in this case now, after the same manner, whatever is performed agreeably to the rules of this art, how do you say it must be performed?

ALC. Musically, I think.

Cousin

[106b] SOCRATE.

Me demandes-tu si je suis capable de te faire un long discours, comme ceux que tu es accoutumé d’entendre[418] ? Non, car ce n’est pas là ma manière. Mais je suis en état, je crois, de te convaincre que je n’ai rien avancé que de vrai, pour peu que tu veuilles bien m’accorder une seule chose.

ALCIBIADE.

Je le veux bien, pourvu que cela ne soit pas trop difficile.

SOCRATE.

Est-ce une chose si difficile que de répondre à quelques questions ?

ALCIBIADE.

Non.

SOCRATE.

Réponds-moi donc.

ALCIBIADE.

Tu n’as qu’à m’interroger.

SOCRATE.

T’interrogerai-je, comme si tu avais les grands desseins [106c] que je t’attribue ?

ALCIBIADE.

Soit, si tu le veux ; je saurai du moins ce que tu as à me dire.

SOCRATE.

Voyons. Tu te prépares donc, comme je dis, à aller dans peu de jours à l’assemblée des Athéniens pour leur faire part de tes lumières. Si, au moment de monter à la tribune[419], je te prenais par la main, et te disais : Alcibiade, sur quoi les Athéniens délibèrent-ils, pour que tu te lèves et donnes ton avis ? n’est-ce pas sur les choses que tu sais mieux qu’eux ? Que me répondrais-tu?

[106d] ALCIBIADE.

Je te répondrais sans aucun doute, que [c]’est sur les choses que je sais mieux qu’eux.

SOCRATE.

Car tu ne saurais donner de bons conseils que sur les choses que tu sais?

ALCIBIADE.

Comment en donnerait-on sur celles qu’on ne sait pas ?

SOCRATE.

Et n’est-il pas vrai que tu ne sais que ce que tu as appris des autres, ou ce que tu as trouvé de toi-même ?

ALCIBIADE.

Que pourrait-on savoir autrement ?

SOCRATE.

Mais se peut-il que tu aies appris des autres, ou trouvé de toi-même quelque chose, lorsque tu n’as voulu ni rien apprendre ni rien chercher ?

ALCIBIADE.

Cela ne se peut.

SOCRATE.

Eh bien ! t’es-tu jamais avisé de chercher ou [d]’apprendre ce que tu croyais savoir ?

ALCIBIADE.

Non, sans doute.

[106e] SOCRATE.

Et ce que tu sais présentement, il a été un temps où tu ne croyais pas le savoir ?

ALCIBIADE.

Assurément.

SOCRATE.

Mais je sais à-peu-près quelles sont les choses que tu as apprises ; si j’en oublie quelqu’une, nomme-la-moi. Tu as appris, si je m’en souviens bien, à écrire, à jouer de la lyre, et à faire tes exercices ; car pour la flûte, tu n’as pas voulu l’apprendre[420]. Voilà tout ce que tu sais, à moins que tu n’aies appris quelque autre chose à mon insu : cependant, je ne crois pas que tu sois sorti [d]’ici ni jour ni nuit sans que j’en aie eu connaissance.

ALCIBIADE.

Non ; voilà les seules choses que j’ai apprises.

[107a] SOCRATE.

Sera-ce donc quand les Athéniens délibéreront sur l’écriture, pour savoir comment il faut écrire, que tu te lèveras pour donner ton avis ?

ALCIBIADE.

Non, par Jupiter.

SOCRATE.

Sera-ce quand ils délibéreront sur la manière de jouer de la lyre ?

ALCIBIADE.

Nullement.

SOCRATE.

Mais les Athéniens n’ont guère plus la coutume de délibérer sur les différents exercices ?

ALCIBIADE.

Non, certes.

SOCRATE.

Sur quoi donc attendras-tu qu’ils délibèrent ? Ce ne sera pas quand ils délibéreront sur la manière de bâtir les maisons ?

ALCIBIADE.

Point du tout.

SOCRATE.

Car un maçon les conseillerait mieux que toi.

[107b] ALCIBIADE.

Tu as raison.

SOCRATE.

Ce ne sera pas non plus quand ils délibéreront sur quelque point de divination ?

ALCIBIADE.

Non.

SOCRATE.

Car un devin en sait plus que toi sur cette matière.

ALCIBIADE.

Assurément.

SOCRATE.

Qu’il soit petit ou grand, beau ou laid, de haute ou de basse naissance.

ALCIBIADE.

Qu’est-ce que cela fait ?

SOCRATE.

Car, sur toute chose, je pense que, pour conseiller, il faut savoir, et non pas être riche.

ALCIBIADE.

Sans difficulté.

SOCRATE.

Et si les Athéniens délibéraient sur la santé publique, peu leur importerait [107c] que l’orateur fût pauvre ou riche ; ils voudraient qu’il fût médecin.

ALCIBIADE.

Et avec raison.

SOCRATE.

Sur quoi faudra-t-il donc qu’ils délibèrent, pour que tu croies devoir te lever et donner ton avis ?

ALCIBIADE.

Quand ils délibéreront sur leurs propres affaires.

SOCRATE.

Quoi ! quand ils délibéreront sur ce qui regarde la construction des vaisseaux, pour savoir quelle sorte de vaisseaux ils doivent bâtir ?

ALCIBIADE.

Non pas, Socrate.

SOCRATE.

Car tu n’as pas appris, je crois, à bâtir des vaisseaux. N’est-ce pas là ce qui t’empêchera de parler sur cette matière ?

ALCIBIADE.

J’en conviens.

[107d] SOCRATE.

Mais quand délibéreront-ils donc de leurs affaires, selon toi ?

ALCIBIADE.

Quand il sera question de la paix, de la guerre, ou de quelque autre affaire publique.

SOCRATE.

C’est-à-dire, quand ils délibéreront à qui il faut faire la guerre ou la paix, et comment il faut la faire ?

ALCIBIADE.

Précisément.

SOCRATE.

Il faut faire la paix ou la guerre à qui il est mieux de la faire ?

ALCIBIADE.

Oui.

SOCRATE.

Et lorsque [c]’est le mieux.

ALCIBIADE.

Sans doute

[107e] SOCRATE.

Et pendant tout le temps que cela est le mieux.

ALCIBIADE.

Rien n’est plus vrai.

SOCRATE.

Si les Athéniens délibéraient avec qui il faut lutter et avec qui il faut seulement en venir aux mains sans se prendre au corps[421], et comment il faut faire ces différents exercices, donnerais-tu sur cela de meilleurs conseils que le maître de palestre ?

ALCIBIADE.

Le maître de palestre en donnerait de meilleurs, sans difficulté.

SOCRATE.

Peux-tu me dire à quoi regarderait principalement ce maître de palestre, pour ordonner avec qui, quand et comment on doit faire ces différents exercices ? Je m’explique : avec qui faut-il lutter ? N’est-ce pas avec qui cela est le mieux ?

ALCIBIADE.

Sans doute.

[108a] SOCRATE.

Et aussi longtemps que cela est le mieux ?

ALCIBIADE.

Aussi longtemps.

SOCRATE.

Et quand cela est le mieux ?

ALCIBIADE.

Assurément.

SOCRATE.

Et ne faut-il pas que celui qui chante s’accompagne tantôt en jouant de la lyre, et tantôt en dansant ?

ALCIBIADE.

Il le faut.

SOCRATE.

Et quand cela est le mieux ?

ALCIBIADE.

Oui.

SOCRATE.

Et aussi longtemps que cela est le mieux ?

ALCIBIADE.

Certainement.

SOCRATE.

Eh bien ! puisqu’il y a un mieux [108b] pour accompagner son chant avec la lyre, comme il y en a un dans la lutte, comment l’appelles-tu, ce mieux là ? Car, pour celui de la lutte, je l’appelle gymnastique.

ALCIBIADE.

Je ne t’entends pas.

SOCRATE.

Tâche de m’imiter ; pour moi, je répondrais que ce mieux, [c]’est ce qui est toujours bien. Or, cela est bien qui se fait selon les règles de l’art. N’est-ce pas ?

ALCIBIADE.

Oui.

SOCRATE.

Et l’art de la lutte, n’est-ce pas la gymnastique ?

ALCIBIADE.

Oui.

[108c] SOCRATE.

Et le mieux dans l’art de la lutte, je l’appelais gymnastique ?

ALCIBIADE.

C’est ainsi que tu l’appelais.

SOCRATE.

Eh bien ! n’avais-je pas raison ?

ALCIBIADE.

A ce qu’il me semble.

SOCRATE.

Courage ; à ton tour, pique-toi aussi de bien répondre. Dis-moi d’abord comment tu appelles l’art qui enseigne à chanter, à jouer de la lyre, et à bien danser. Comment l’appelles-tu d’un seul nom ? Ne saurais-tu encore me le dire ?

ALCIBIADE.

Non, en vérité.

SOCRATE.

Essaie, je vais te mettre sur la voie. Comment appelles-tu les déesses qui président à cet art ?

ALCIBIADE.

Tu veux parler des Muses?

[108d] SOCRATE.

Assurément. Vois maintenant quel nom cet art a tiré des Muses.

ALCIBIADE.

Ah ! c’est de la musique que tu parles ?

SOCRATE.

Précisément ; et comme je t’ai dit que ce qui se faisait selon les règles de la gymnastique s’appelait gymnastique, dis-moi aussi à ton tour comment s’appelle ce qui se fait selon les règles de cet autre art.

ALCIBIADE.

Musical, je crois.

SOCRATE.

Fort bien ; continue. Et le mieux dans l’art de faire la guerre, et dans celui de faire la paix, comment [108e] l’appelles-tu ? Dans chacun des deux autres arts tu dis que le mieux dans l’un, est ce qui est plus gymnastique, et le mieux dans l’autre, est ce qui est plus musical. Tâche donc de même de me dire le nom de ce qui est le mieux ici.

ALCIBIADE.

Je ne saurais.

SOCRATE.

Mais si quelqu’un t’entendait raisonner et donner conseil sur les aliments, et dire : Celui-là est meilleur que celui-ci ; il faut le prendre en tel temps et en telle quantité ; et qu’il te demandât : Alcibiade, qu’est-ce que tu appelles meilleur ? Ne serait-ce pas une honte que tu lui répondisses que le meilleur [c]’est ce qui est le plus sain, quoique tu ne fasses pas profession [d]’être médecin ; et que dans les choses que [109a] tu fais profession de savoir, et sur lesquelles tu te mêles de donner conseil, comme les sachant bien, tu ne susses que répondre lorsqu’on t’interroge ? Cela ne te couvre-t-il pas de confusion ?

ALCIBIADE.

Je l’avoue.

SOCRATE.

Applique-toi donc, et fais un effort pour me dire quel est le but de ce mieux que nous cherchons en faisant la paix ou la guerre, à qui nous croyons devoir faire l’une ou l’autre.

ALCIBIADE.

Quelque effort que je fasse, je ne saurais le trouver.

SOCRATE.

Quoi ! tu ne sais pas, quand nous faisons la guerre, de quelle chose nous nous accusons en prenant les armes, et quel nom nous donnons à cette chose?

[109b] ALCIBIADE.

Je sais que nous disons qu’on nous a trompés, ou fait violence, ou dépouillés.

SOCRATE.

Courage. Et comment ces choses arrivent-elles ? Tâche de m’expliquer la différente manière dont elles peuvent arriver.

ALCIBIADE.

Veux-tu dire, Socrate, qu’elles peuvent arriver justement ou injustement ?

SOCRATE.

C’est cela même.

ALCIBIADE.

Et cela y met une différence infinie.

SOCRATE.

Eh bien ! à quels peuples conseilleras-tu aux Athéniens de déclarer la guerre ? à ceux qui pratiquent la justice ou à ceux qui la violent?

[109c] ALCIBIADE.

Terrible demande, Socrate ! Car quand même quelqu’un serait capable de penser qu’il faut faire la guerre à ceux qui pratiquent la justice, il n’oserait l’avouer.

SOCRATE.

En effet, cela n’est pas conforme aux lois, à ce qu’il paraît.

ALCIBIADE.

Non, sans doute ; ni honnête, non plus, [d]’après l’opinion.

SOCRATE.

Par conséquent, tu auras toujours en vue la justice dans tes discours ?

ALCIBIADE.

Il le faut bien.