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La Grande Implosion

Thuillier (GI:426-428) – criticar a ciência moderna é irracional?

HOMO SCIENTIFICUS

sábado 6 de novembro de 2021, por Cardoso de Castro

[THUILLIER  , Pierre. La Grande Implosion. Rapport sur l’effondrement de l’Occident 1999-2002. Paris: Librairie Arthème Fayard, 1995, p. 426-428]

tradução parcial

Em 1992, em um texto intitulado "Deve-se ter medo da ciência? Frankenstein e o aprendiz de feiticeiro", Luc Ferry fez saber que a resposta era negativa: não, não é preciso ter medo. O verdadeiro perigo, segundo ele, não vinha daqueles que idolatravam a ciência, mas daqueles que a submetiam a um exame crítico. Eles arriscavam com efeito de "legitimar senão procedimentos de controle de tipo autoritário, pelo menos uma visão neoconservadora e irracionalista da modernidade". Um verdadeiro ocidental, posto que tinha confiança na Razão e acreditava no Progresso, devia se abster de toda "aversão" para com a ciência. Luc Ferry começava assim uma de suas frases: "A ciência, a ’tecnociência’ como se diz hoje em dia de modo pejorativo..." De uma tacada, o problema de fundo estava afastado. Durmam em paz, meus irmãos!

original

En 1992, dans un texte intitulé Faut-il avoir peur de la science ? Frankenstein et l’apprenti sorcier, Luc Ferry avait par exemple fait savoir que la réponse était négative : non, il ne fallait pas avoir peur. Le vrai danger, selon lui, ne venait pas de ceux qui idolâtraient la science, mais de ceux qui la soumettaient à un examen critique. Ils risquaient en effet de « légitimer sinon des procédures de contrôle de type autoritaire, du moins une vision néoconservatrice et irrationaliste de la modernité ». Un véritable Occidental, puisqu’il avait confiance en la Raison et croyait au Progrès, devait s’abstenir de toute « aversion » pour la science. Luc Ferry commençait ainsi l’une de ses phrases: «La science, la “technoscience” comme on dit aujourd’hui pour faire péjoratif... » D’un revers de main, le problème de fond était donc écarté. Dormez en paix, mes frères ! Ceux qui osaient parler de technoscience n’étaient que des grincheux arriérés et malintentionnés : ils voulaient « faire péjoratif ».

Pourquoi les discours de cette veine étaient-ils si bien accueillis ? En fait, il n’y avait qu’à ouvrir les yeux pour voir partout affichée la Sainte Alliance du savant, de l’ingénieur et [427] de l’entrepreneur. Pensons par exemple à la dispendieuse Cité des sciences et de l’industrie que les Français du déclin avaient jugé bon de construire à Paris, dans le quartier de la Villette. Jacques Testart l’identifiait à un « énonne phallus du progrès planté devant des hommes qui rêvent de devenir Dieu ». C’était là qu’on emmenait les enfants des écoles pour en faire de vrais “modernes”. Le nom octroyé à cette Mecque bourgeoise était en tout cas révélateur: Cité des sciences et de l’industrie. Comment mieux désigner la copulation symbolique de la Méthode Expérimentale avec l’Esprit de Profit ?

Épisodiquement, on voyait surgir un Ministère de l’industrie et de la recherche. Mais, quelle que fût la dénomination utilisée, ces deux activités étaient toujours organiquement associées. Pour s’en assurer, il suffit de relire les déclarations des plus hauts dirigeants de la fin du xxe siècle. Ainsi le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche avait ouvert en mars 1994 un colloque sur la « recherche fondamentale » par une somptueuse harangue. S’y mêlaient à plusieurs reprises références culturelles et considérations économiques ; et ces dernières n’étaient pas les moins voyantes. Car il s’agissait (bien sûr) de célébrer « l’élargissement et l’approfondissement du champ de la connaissance ». Mais enfin soyons réalistes : pourquoi cultiver la recherche fondamentale ? « C’est sur la base de ses résultats que notre société peut satisfaire sa soif d’exploration de l’inconnu, fonder l’évolution de ses structures, de ses pratiques et de son cadre de vie, que nos entreprises peuvent mener l’effort d’innovation technologique indispensable pour maintenir et améliorer nos positions dans la compétition économique internationale et que peuvent se développer des formations de qualité. » Ailleurs, il était question de « notre capacité à innover, à adopter des attitudes et des règles de fonctionnement nouvelles, à créer des produits de qualité en adéquation avec la demande nationale et internationale », etc. [428] Soulignons-le : toutes ces exhortations essentiellement centrées sur «l’invention et l’innovation scientifique et technique» se déployaient dans le cadre d’une réflexion sur la recherche « fondamentale ». On n’ose imaginer les propos qui auraient été tenus s’il s’était agi de recherche appliquée ou de technologie.

Divers documents confirment d’ailleurs ce que nous disions plus haut : lorsqu’ils demandaient à l’État de leur accorder de plus gros crédits, les chercheurs devenaient soudain très perspicaces en matière de technoscience. L’un d’eux, en 1993, justifiait publiquement une requête corporatiste de ce genre avec les trois arguments suivants. Primo, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s’était « construit autour du nucléaire militaire, puis civil ». Secundo, la recherche de l’immédiat après-guerre avait largement bénéficié des programmes concernant la « maîtrise de l’espace ». Tertio : « Depuis les années 1980 le public s’est passionné pour les biotechnologies et la recherche médicale. » Les trois domaines cités relevaient typiquement de la technoscience. Précisons que le chercheur en question appartenait lui-même au CNRS, c’est-à-dire à un organisme que les profanes considéraient comme le bastion de la recherche “pure”.