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Phénoménologie et sciences cognitives

Lanciani (PSC:11-13) – cognitivismo e cibernética

Thèses fondamentales et sens historique du cognitivisme

sexta-feira 29 de outubro de 2021, por Cardoso de Castro

      

LANCIANI, Albino. Phénoménologie et sciences cognitives. Beauvais: Association pour la promotion de la Phénoménologie, 2003, p. 11-13

      

Dans ce chapitre nous entendons accomplir deux opérations capitales qui sont nécessaires en vue de comprendre le cognitivisme : d’abord il nous importe de dégager les thèses fondamentales des sciences cognitives, tout au moins celles qui méritent un approfondissement philosophique préliminaire, et, deuxièmement, il nous faut montrer comment ces thèses se sont produites. Autrement dit, d’un point de vue historique il nous faudra comprendre comment ces thèses ont pu s’édifier sur la base de données dont on disposait. Cela d’autant plus que la relecture effectuée par le cognitivisme dépasse amplement le milieu traditionnel de la recherche philosophique ou scientifique et va jusqu’à concerner la globalité d’une vision du monde. Bref, ce que nous voulons souligner est le fait que la pensée sous-entendue au cognitivisme a, en quelque sorte, informé une vision du monde, mais aussi et réciproquement, qu’une signification du monde a informé les sciences cognitives. En ce sens le résultat capital a été celui de renforcer tant l’entreprise cognitiviste que le monde issu de cette vision qui, à son tour, a engendré, pour ainsi dire, une justification d’ordre supérieur de ces mêmes sciences. Il s’ensuit que dans ces pages nous entendons montrer que les sciences cognitives et le monde lui-même constituent une sorte de boucle, où l’argumentation circulaire vide profondément la signification de cette construction. Il s’agit donc de démanteler cette boucle et de montrer préalablement sur quelles bases elle est allée se constituer. 1

Les débuts : la cybernétique

Lorsque les cognitivistes doivent désigner quels sont les prédécesseurs de leur pensée et lorsqu’il s’agit de se donner, pour ainsi dire, des quartiers de noblesse, ils font volontiers référence à des philosophes tels que Descartes   ou Hobbes   et, plus récemment et surtout pour ce qui concerne les cognitivistes français, à Comte. En réalité, il faut bien admettre que, même si certaines des idées cognitivistes ont des rapports avec les penseurs en question, la pensée [12] actuellement nommée cognitiviste tire ses sources d’une époque beaucoup plus récente. Les ancêtres les plus proches dont ils ont corrigé les thèses, mais qui, probablement par la rigueur de leur pensée, peuvent figurer dans les raisons qui motivent le surgissement des sciences cognitives sont les cybernéticiens dont N. Wiener a été le père  . Cela nous montre que la référence aux philosophes précédents est d’un côté filtrée par la période cybernéticienne et ce fait, de l’autre côté, oriente d’une manière tout à fait spéciale la lecture de ces mêmes philosophes modernes. En plus, et à titre purement introductif, cette origine permet aussi de comprendre, dès le début, la liaison très étroite que l’école cognitiviste entretient avec les problèmes informatiques, une liaison héritée de la période historique qui a vu la naissance de l’ordinateur. Aussi, d’un point de vue historique, tant les thèses que les « pratiques » de J. Von Neumann  , avec la construction du premier ordinateur, montrent comment les préoccupations cognitivistes sont liées à un double fil, dès le début, aux difficultés d’une mécanisation de la pensée, difficultés posées par la naissante science de l’information.

Mais l’autre grande option qui a conditionné dès le début les cybernéticiens, en premier lieu N. Wiener, a été la puissance de la physique dans la résolution, par le moyen de modèles isomorphes, de plusieurs problèmes concernant des phénomènes différents à première vue. Par exemple, le fait que la théorie ondulatoire peut en même temps nous montrer un comportement similaire, à certains égards, entre les ondes de la mer et la vibration d’une corde de guitare ou, et à l’époque considérée cela était de la plus grande importance, le comportement de l’électron, justifiait la tentative d’agrandir cette « quête d’isomorphismes » en direction de milieux jusqu’à ce moment encore inconnus tel que le cerveau et/ou l’intelligence. En même temps il fallait, comme partout dans les sciences depuis Galilée, passer de cette intuition   à la considération effective des quantités effectivement mesurables et la possibilité en était offerte par une théorie presque contemporaine : la théorie de l’information de C. Shannon [1]. Cette théorie, originairement limitée au milieu de l’ingénierie des communications (communication de signaux, il faut le rappeler), devient, dans les mains de Wiener un outil capable, tout au moins théoriquement, d’aborder avec un pouvoir propre d’éclaircissement les milieux jusqu’alors réfractaires à toute possibilité d’investigation logico-mathématique. Sans vouloir considérer la bizarre théorie tirée de là par Wiener, une théorie pour laquelle l’information n’est que de l’entropie négative, car il s’agit d’une théorie qui sera en un certain sens oubliée par la suite, nous pouvons nous contenter des mots par lesquels le fondateur de la cybernétique nous montre l’accès aux mondes jusque là inaccessibles pour la pensée modélisante calquée sur la pensée de la physique théorique :

La caractéristique la plus importante d’un organisme vivant est [13] son ouverture au monde extérieur. Cela signifie qu’il est doté d’organes de couplage qui lui permettent de recueillir des messages du monde extérieur, lesquels messages décident de sa conduite à venir. Il est instructif de considérer cela à la lumière   de la thermodynamique et de la mécanique statistique. [2]

De cette brève présentation de la cybernétique, s’ensuivent déjà les éléments principaux qui nous permettent de découvrir les sens de cette entreprise qui demeureront qualitativement inchangés tout au long de l’histoire cognitiviste :

1° La référence aux sciences exactes (mathématiques et physique) n’est pas premièrement une référence qui concerne les méthodes, mais plus généralement, qui concerne la construction de modèles aptes, plus ou moins bien, à expliquer une pluralité de situations. En un certains sens donc tout phénomène ne sera pas analysé selon les cadres d’une méthode expérimentale classique pratiquée jusqu’alors en biologie, mais à travers le filtre représenté par le modèle.

2° Cela implique que le modèle reçoit un rôle beaucoup plus puissant que dans les sciences dont on était partis : en un certain sens la construction du modèle devient la construction d’un objet qui sache reproduire les caractères de l’être vivant dont il est, en quelque sorte, le double ou la copie (ou vice versa, nous le verrons).

Le fait de devoir appliquer cette idée de modèle au milieu de la biologie ou des sciences sociales impose, en vue de pouvoir en quelque sorte caser le concept d’information comme quantité mesurable dont désormais nous disposons, de rendre les mêmes disciplines que nous entendons analyser aptes à recevoir un tel traitement. Pour ce faire il faut donc, tout d’abord, disposer d’une épistémologie adéquate - qui nous permette en premier lieu d’expliquer quand et où un modèle est applicable - et, même si cela peut apparaître paradoxal, d’une biologie pareillement adéquate.


[1La théorie originale de l’information peut être trouvée en C. Shannon & W. Weaver, The Mathematical Theory of Communication, (orig. 1949) University of Illinois Press, Urbana, 1999.

[2AA. VV. Teleological Mechanism, Conference held by the New York Academy of Sciences, 21 - 22 october, 1946 ; publié in Annals of the New York Academy of Sciences, vol. 50, art. 4, 1948 ; pp. 187 - 278. Nous avons repris cette traduction à J.-P. Dupuy, Aux origines des sciences cognitives, La Découverte, Paris, 1999 ; p. 121.