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L’Illumination du Coeur

Allard l’Olivier : L’EXPECTATIVE

PREMIÈRE PARTIE

samedi 19 septembre 2009

Tout ce que je perçois, ou imagine, ou pense, n’est pas ce que je suis? radicalement en tant que sujet pur. Je ne suis pas ces objets que je perçois ; je ne suis pas les images qui s’offrent à mon esprit? ; je ne suis même pas les notions que je pense, ni les discours que je tiens. Lorsque « je » me pense, « je » pense ce que je suis (je pense moi) : je ne suis même pas ce que ma pensée dit que je suis (à savoir, tel moi). Comme subjectivité pure, je suis proférant « je » et ce n’est qu’ensuite que je suis percevant, imaginant et cogitant, car chacun de ces actes — percevoir, imaginer, cogiter — appelle un « quelque chose? » — le perçu, l’imaginé, le cogité — qui est « objet? » par rapport au « je » profond que je suis, c’est-à-dire par rapport au principe radical de ma subjectivité, lequel, sujet qui perçoit (quelque chose), imagine (quelque chose) ou cogite (quelque chose) est lui-même par-delà — ou en deçà — de tous les « quelques choses » perçus, imaginés ou cogites et, en conséquence, rigoureusement inobjectivable.

Ce principe radical est acte d’être. Non pas une pensée, à savoir la pensée de mon exister?, mais bien plutôt mon exister même par quoi il se fait que je pense, imagine et perçois. Non point cogito ergo sum, mais sum ergo cogito. Le principe radical de ma subjectivité est le proférateur du sum ; il n’est pas moi, mais « je », ce par quoi j’existe pensant, imaginant et percevant. Il est semblable à une lumineuse poussée existentielle qui me pose percevant et pensant ; il est exister. Voilà la constatation originelle.

La constatation originelle est encore que j’existe en tant que pensant, imaginant et percevant, mais que la réalité existentielle des choses sensibles ne se donne pas à moi avec la même évidence. Je perçois des choses sensibles qui prétendent exister, et j’enregistre qu’elles le prétendent, mais je ne « réalise » pas qu’elles existent comme j’existe en vertu du principe radical de ma subjectivité. Peut-être ne sont-elles que des images qui prétendent exister ; et lorsque, me ramassant sur moi-même, j’opère la constatation originelle avec une force particulièrement intense, tout se passe, en effet, comme si j’existais rêvant que je perçois des choses sensibles [1]. Mais même alors je demeure pensant, imaginant et percevant : seulement, ce que je perçois, ce pommier, cette table et ce corps lui-même qui est le mien, n’a que l’apparence d’exister. Ainsi, sur une toile à deux dimensions, la perspective figure une profondeur inexistante.

J’ai, néanmoins, à tenir compte qu’il est évident que les choses sensibles paraissent exister, ce dont je me contente dans la vie de tous les jours. Et j’ai d’autant plus à en tenir compte que je ne me définis nullement « chose pensante » comme le faisait Descartes Descartes René Descartes (1596-1650), mathématicien, physicien et philosophe français. , pour qui se posait inexorablement le problème de la réalité du « monde extérieur » par rapport à sa pensée. La certitude que je suis posé existentiellement comme pensant et percevant par le principe radical de ma subjectivité, avec cette conséquence que ma pensée elle-même est objective par rapport à ce principe, cette certitude, dis-je, m’empêche de me maintenir sur la position cartésienne comme si celle-ci était le commencement absolu? de tout vrai savoir.


Voir en ligne : André Allard l’Olivier


[1Cf. Husserl : « Il est clair que l’expérience sensible universelle, dans l’évidence de laquelle le monde nous est perpétuellement donné, ne saurait être considérée sans plus comme apodictique, c’est-à-dire comme excluant de façon absolue la possibilité de douter de l’existence du monde, c’est-à-dire la possibilité de sa non-existence. » (Méditations cartésiennes, I. 7.)