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Œuvres de Ruysbroeck

Ruysbroeck : L’âme et le corps

Trad. de l’Abbaye de Saint Paul de Wisques.

dimanche 7 décembre 2008

LE MIROIR DU SALUT ÉTERNEL.

La première catégorie par laquelle je commence comprend ceux qui par nature? ont de la tendresse de cœur. Dès qu’ils sont touchés de la grâce de Dieu, pourvu toutefois qu’ils la suivent et lui obéissent, leur affection et leur désir s’échauffent et s’émeuvent d’amour pour l’humanité? de Notre-Seigneur. Aussi méprisent-ils et abandonnent-ils facilement tout ce qui est du monde?, afin de pouvoir s’adonner à leur bien-aimé de tout l’empressement et de toute l’ardeur de leurs désirs. Et comme ils ne peuvent approcher de Notre-Seigneur que dans le Sacrement, ils ressentent une ardeur impatiente, causée par leur amour intime et le désir insatiable qu’ils ont de recevoir ce Sacrement, à tel point qu’ils pensent parfois perdre le sens et mourir s’ils ne peuvent l’obtenir. Mais on? trouve peu d’hommes de cette sorte?. Ce sont, le plus souvent, des femmes ou des jeunes filles, ou des hommes en petit nombre ; car ces personnes ont une complexion plus délicate et elles ne sont pas encore élevées ni illuminées selon l’esprit?. C’est pourquoi l’exercice de leur dévotion demeure sensible et affectif, entièrement occupé par la représentation de l’humanité de Notre-Seigneur ; et elles ne peuvent concevoir ni comprendre comment on peut le recevoir dans l’esprit en dehors du Sacrement. De là vient qu’elles languissent intérieurement à cause de l’affection et du désir qu’elles ressentent pour Notre-Seigneur. Nul n’est alors capable de les raisonner ni de les calmer, de leur donner aide ni repos avant qu’elles n’aient reçu le Sacrement. Mais dès qu’elles l’ont reçu elles sont pleinement satisfaites et elles s’adonnent en repos à leur bien-aimé, soutenues par le goût spirituel et la douceur surabondante qui les inondent dans l’âme et le corps. Et cela dure jusqu’à ce qu’une nouvelle grâce et un nouvel attrait s’emparent de leur être et de toutes les puissances de leur âme. Car dès lors elles sont saisies de nouveau par l’affection et le désir, avec grande impatience, comme si elles n’avaient rien reçu. Leur cœur s’ouvre tout grand et aspire à recevoir de nouveau le saint Sacrement ; elles paraissent vraiment hors de sens. Elles ressemblent bien à cet officier royal qui priait Notre-Seigneur de descendre à Capharnaüm et de guérir son fils sur le point de mourir. Et comme le Seigneur lui répondait : « Si vous ne voyez pas de miracles ni de signes, vous ne croyez pas, l’officier reprit : « Seigneur, descendez avant que mon fils ne meure. » Car il ne croyait pas que Notre-Seigneur pût guérir son fils s’il ne venait dans sa maison et ne posait la main sur sa tête, ou ne faisait quelque autre signe pour le guérir. CHAPITRE X

Mais le même Fils de Dieu a une âme, créée du néant, et aussi un corps formé du sang très pur de la Vierge Marie, âme et corps qui sont tellement siens et si bien unis, qu’il est tout à la fois le Fils de Dieu et le fils de Marie, Dieu et homme dans une seule personne. Et de même que l’âme et le corps ne font qu’un seul homme, de même le Fils de Dieu et Jésus le Fils de Marie ne sont qu’un même Christ vivant, Dieu et Seigneur du ciel et de la terre ; car son âme sainte est informée par la Sagesse de Dieu. Elle n’est pas Dieu cependant, ni de la nature divine, car Dieu ne devient pas créature. Mais les deux natures demeurant distinctes sont unies en une seule personne divine : c’est Jésus-Christ notre cher Seigneur. CHAPITRE XIX

Nous la verrons, en effet, nous en serons tout revêtus, elle surpassera toutes nos œuvres et nos mérites ; et ainsi nous nous réjouirons et glorifierons dans le Seigneur et en nous-mêmes ; l’allégresse remplira le cour et les sens, l’âme et le corps, elle sera débordante, éternellement et sans fin. Ce sera la plus grande béatitude? dont nous puissions jouir avec notre cher Seigneur Jésus-Christ dans son royaume éternel. CHAPITRE XX


Voir en ligne : JAN VAN RUYSBROECK