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De la hiérarchie ecclésiastique

Denys l’Aréopagite : L’initiation

Pseudo-Denys l’Aréopagite

segunda-feira 18 de outubro de 2021

Extraits de «De la hiérarchie ecclésiastique», de Denys l’Aréopagite. Trad. M. de Gandillac

I. Des ordres que forment les initiés.

§ 1. Tels sont donc les ordres sacerdotaux, leurs fonctions, leurs puissances, leurs opérations, leurs consécrations. Il faut décrire maintenant les trois ordres que forment les initiés qui leur sont subordonnés.

Nous disons donc que l’ordre des purifiés est constitué par la foule de tous ceux qui sont exclus du saint ministère et des opérations sacramentelles et dont on? a déjà fait mention, d’abord ceux que les ministres n’ont pas encore achevé d’instruire et de former en sorte? que l’enseignement des saintes Ecritures, tel un accoucheur, ait fait naître en eux la vie; viennent ensuite ceux qui continuent à recevoir l’excellent enseignement des Ecritures qui doit les ramener à la sainte vie dont ils se sont écartés; puis les lâches qu’impressionnent encore les épouvantails de l’adversaire et que la puissance des Ecritures saintes est en train d’affermir; après eux, ceux qui sont encore sur la voie qui les fera passer du péché? aux opérations de la sainteté; enfin ceux-là qui, bien que convertis, ne se sont pas encore enracinés de façon parfaitement pure dans des habitudes? divines et immuables.

Tels sont les rangs que forment les purifiés, soumis à la puissance accoucheuse et purificatrice des ministres. Grâce, en effet, à leurs pouvoirs sacrés, les ministres les sanctifient de façon que, parfaitement purifiés, ils puissent accéder à la contemplation illuminatrice et à la communion des sacrements les plus capables de les éclairer.

§ 2. L’ordre moyen se compose de ceux qui contemplent certains mystères et qui, parfaitement purifiés, entrent en communion avec ces mystères dans la mesure de leurs forces. Cet ordre a été confié aux sacrificateurs afin qu’ils l’illuminent. Il est clair, en effet, je le crois, que, purifiés de toute souillure profane, ayant fondé leur intelligence? sur des bases saintes et immuables, les membres de cet ordre s’élèvent par l’entremise des sacrificateurs jusqu’à la possession stable de la faculté contemplatrice; qu’ils participent autant qu’ils le peuvent aux très divins symboles; que ces contemplations et ces communions les emplissent d’une joie? toute sacrée; qu’ils s’élèvent enfin à la mesure de leurs forces et grâce à leurs puissances d’ascension spirituelle jusqu’à l’amour divin des mystères dont ils possèdent déjà la science?.

Cet ordre, je l’appelle le peuple saint, car il a été soumis à une purification totale et maintenant il est digne de s’initier saintement et de communier, autant qu’il le peut faire sans sacrilège, aux plus lumineux sacrements.

§ 3. Mais de tous les ordres d’initiés le plus élevé est la sainte légion des moines. Elle s’est entièrement purifiée de toute souillure. Rien ne limite? sa liberté d’action?, qui est entière et sans mélange. Autant qu’elle le pouvait sans sacrilège, elle a été admise à la contemplation intellectuelle et à la communion de tous les mystères sacrés. Soumise aux puissances perfectionnantes des grands prêtres, ces hommes? de Dieu, dont l’illumination et les traditions hiérarchiques l’initient selon ses aptitudes aux saintes opérations sacramentelles, elle s’élève grâce à cette science sacrée et selon ses propres mérites jus qu’à la plus haute perfection. C’est pourquoi nos divins maîtres, jugeant ces hommes dignes de porter un titre saint, les ont appelés tantôt serviteurs et tantôt moines, parce qu’ils exercent de façon pure le culte, c’est-à-dire le service de Dieu, et parce que leur vie, loin d’être divisée, demeure parfaitement une, parce qu’ils s’unifient eux-mêmes par un saint recueillement qui exclut tout divertissement de façon à tendre vers l’unité d’une conduite con forme? à Dieu et vers la perfection de l’amour divin. Aussi bien les institutions sacrées leur ont- elles octroyé une grâce qui les parfait et les ont-elles jugés dignes d’une certaine invocation consécratoire, qui n’appartient pas au grand prêtre (lequel n’intervient que pour conférer les ordinations sacerdotales), mais aux saints sacrificateurs qui sont chargés de ce rite secondaire de la liturgie hiérarchique.

II. Mystère de la consécration monacale.

Le sacrificateur se tient debout devant l’autel des divins sacrifices, prononçant les paroles sacrées de la consécration monacale. Debout derrière le sacrificateur, l’initié ne fléchit ni les deux genoux ni l’un des genoux; on ne dépose point sur sa tête les Ecritures qui contiennent le dépôt de la Révélation? divine. Il se contente de rester debout devant le sacrificateur lorsque ce dernier prononce les paroles qui mystérieusement le vouent à l’état monacal. Ayant achevé cette consécration, le sacrificateur s’approche de l’initié. Il lui demande d’abord s’il renonce, non seulement à réaliser, mais même à imaginer tout ce qui pourrait introduire la division dans sa vie. Il lui rappelle ensuite les règles d’une vie pleinement parfaite, affirmant publiquement qu’il lui faudra dépasser toutes les vertus d’une existence? médiocre. Quand l’initié a formellement souscrit ces engagements, le sacrificateur le marque du signe de la croix, puis il lui coupe les cheveux en invoquant les trois Personnes de la divine Béatitude. L’ayant en suite dévêtu entièrement, il lui impose un habit nouveau. Suivi enfin par tous les autres sacrificateurs présents à la cérémonie, il lui donne le baiser de paix et lui confère le pouvoir de prendre part aux mystères de la Théarchie.

III. Contemplation.

§ 1. Si l’initié ici ne s’agenouille point, si on ne lui impose point les saintes Ecritures qui contiennent le dépôt de la Révélation divine, s’il se contente de rester debout quand le sacrificateur prononce devant lui les paroles sacrées de la sainte consécration, ces rites signifie que l’ordre monacal n’a pas mission de diriger les autres, mais que, demeurant stable dans sa sainte unité, il obéit aux ordres sacerdotaux, les suivant comme un fidèle compagnon de voyage sur la route qui les conduit à cette science divine des mystères qu’il leur est permis d’atteindre.

§ 2. Si l’initié est tenu de renoncer à tous les actes, voire à toutes les pensées? qui pourraient diviser sa vie, ce rite signifie cette parfaite Philosophie que confère aux moines la science des préceptes par quoi toute vie devient une. Comme je l’ai dit, en effet, leur rang parmi les initiés n’est pas médiocre, car c’est le plus sublime? de tous. C’est Pourquoi ce qui est parfaitement licite aux hommes du deuxième ordre est très souvent totalement interdit aux moines, car leur vie étant? unifiée, c’est un devoir pour eux de ne faire qu’un avec l’Un, de s’unir à la sainte Unité, et d’imiter, autant qu’ils le peuvent sans sacrilège, la vie sacerdotale Puisqu’ils appartiennent par beaucoup de points à la nième famille et qu’ils sont plus proches d’elles que les initiés des autres ordres.

§ 3. Le signe de croix signifie, comme nous l’avons déjà dit, la mort de tous les désirs charnels. La tonsure symbolise une vie pure et parfaitement dépouillée, qui ne camoufle la laideur de l’intelligence d’aucune surcharge d’ornements superflus, mais qui s’élève spontanément, grâce à des beautés qui n’ayant rien d’humain unifient l’âme et conviennent à l’état monacal, jusqu’à la plus haute conformité divine.

§ 4. Le dépouillement des anciens vêtements et la prise d’habit représentent le passage d’une sainteté médiocre à une plus grande perfection; nous avions vu déjà que la cérémonie par quoi Dieu naît dans les âmes comporte aussi un changement d’habit que signifie l’ascension spirituelle de la purification aux stades supérieurs de la contemplation et de l’illumination. Quant au baiser que donnent à l’initié et le sacrificateur qui le consacre et tous les autres sacrificateurs présents, vois-y le signe de la sainte communauté qui unit tous ceux qui se conforment à Dieu par les liens joyeux d’une mutuelle et charitable congratulation.

§ 5. A la fin de toutes ces cérémonies, le sacrificateur appelle celui qu’il a consacré à prendre part à la communion théarchique, montrant ainsi de façon sacrée que, pour peu que l’initié s’élève selon la loi? monacale jusqu’à l’unité spirituelle, il ne contemplera pas seulement les saints mystères qui sont offerts à sa vue, il ne communiera pas seulement comme ceux de l’ordre moyen avec les symboles très sacrés; mais, grâce à la connaissance? divine des mystères auxquels il aura? part, il sera admis à la communion théarchique selon un tout autre mode? que le peuple saint. C’est pour le même motif que, lors de la cérémonie de leur très sainte consécration et pour consommer le sacrement de leur ordination, les ordres sacerdotaux reçoivent la communion de la très sainte action de grâces des mains du grand prêtre qui vient de les consacrer; non seulement parce que la réception des mystères théarchiques couronne toute participation hiérarchique, mais parce que tous les ordres sacrés, selon que leur ascension spirituelle et leur consécration les ont plus ou moins déifiés, participent, chacun à leur mesure, au don très divin de cette même communion.

Résumons-nous maintenant. Les saints sacrements procurent la purification, l’illumination et la perfection. Les ministres constituent l’ordre qui purifie, les sacrificateurs l’ordre qui illumine, les grands prêtres, qui vivent en conformité avec Dieu, l’ordre qui parfait. A l’ordre des purifiés, tant que ses membres en sont encore à ce stade de purification, il n’est pas encore permis de s’initier et de participer aux saints mystères. L’ordre des contemplatifs se con fond avec le peuple saint. L’ordre des parfaits comprend les moines, parce qu’ils ont unifié leur vie. Saintement et harmonieusement divisée en ordres selon les révélations divines, notre propre hiérarchie présente ainsi la même structure? que les hiérarchies célestes, conservant soigneusement à la mesure de son humanité les caractères qui lui permettent de ressembler à Dieu et de se conformer à lui.

§ 6. Mais tu vas objecter que dans les hiérarchies célestes on ne trouve pas trace d’ordres purifiés (car ce serait sacrilège et mensonge que de prétendre qu’il existe au ciel une légion pécheresse), Mais pour nier que les anges? soient totalement immaculés et qu’ils possèdent la plénitude d’une pureté qui n’est pas d’ici- bas, il faudrait que j’eusse entièrement perdu l’intelligence des mystères les plus sacrés. Si l’un des anges succombait au mal?, tout aussitôt il se verrait rejeté de l’harmonie? céleste et sans mélange des intelligences divines. Il tomberait dans les ténèbres où vivent les multitudes renégates. Et pourtant on a le droit de dire que dans la hiérarchie céleste quelque chose? correspond à la purification des essences? subordonnées; c’est l’illumination qui leur donne divinement accès aux mystères qu’elles ignoraient jusque là; qui les conduit A une science plus parfaite des con naissances théarchiques; qui les purifie en quelque sorte de leur ignorance? des vérités qui demeuraient cachées à leur regard; qui les conduit enfin, par l’entremise des essences supérieures et plus divines, jus qu’aux splendeurs plus hautes et plus évidentes des divins spectacles.

C’est ainsi qu’on peut distinguer dans la hiérarchie céleste elle-même, d’une part des ordres qui sont illuminés et parfaits, d’autre part des ordres qui purifient, qui illuminent et qui parfont, car les essences supérieures les plus divines ont bien la triple tâche, selon des ordres proportionnés aux hiérarchies célestes, de purifier de toute ignorance les saintes légions célestes qui leur sont subordonnées; de leur octroyer la plénitude des plus divines illuminations; de les parfaire enfin dans la science très lumineuse des intellections théarchiques. Nous l’avons déjà dit, en effet, les légions célestes ne sont pas toutes identiques dans la sainte connaissance des illuminations par quoi elles peuvent accéder aux mystères divins. Mais c’est Dieu directement qui illumine les premières légions et, par leur entremise, c’est encore Dieu qui illumine indirectement les légions inférieures, en proportion de leurs capacités, lorsqu’il répand sur elles la brillante lumière? du Rayon théarchique.


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