Página inicial > Antiguidade > Judaico-Cristandade > Ruysbroeck : L’âme est...

Les œuvres de Ruysbroeck

Ruysbroeck : L’âme est...

Trad. de l’Abbaye de Saint Paul de Wisques.

segunda-feira 18 de outubro de 2021, por Cardoso de Castro

LE LIVRE DES DOUZE BÉGUINES

L’œil simple de l’âme, transformé en l’unité, qui, au-dessus de la raison et en dehors d’elle, est élevé à une vue simple et pure, contemple toujours la face du Père, comme le font les Anges qui nous servent ; car l’œil simple de l’âme n’a rien d’autre devant soi que cette image qui est Dieu lui-même. Là il voit Dieu et toutes choses, en tant qu’elles sont unes avec Dieu, en une simple vue ; et cela lui suffit, et c’est ce qui s’appelle contemplatio, c’est-à-dire regarder Dieu d’une façon simple. C’est de cette façon que la puissance intellectuelle de l’âme est comme un miroir vivant, où Dieu habite avec sa grâce ; et elle a reçu de lui son Esprit de vérité et sous l’influence de sa lumière l’œil de la raison est éclairé, de façon. à pouvoir connaître en formes, en images et en ressemblances Dieu et toutes les créatures, autant que Dieu le veut montrer. Ce même Esprit commande à la raison ainsi éclairée de régir et d’ordonner la vie des sens, selon la loi de Dieu, et selon les préceptes de la sainte Église, dans la charité et dans la vraie discrétion. CHAPITRE XII

Cependant il faut remarquer que le néant en lui-même n’est ni bon ni mauvais, ni heureux ni malheureux, ni pauvre ni riche, ni Dieu ni créature. Pourtant ces gens dans leur folie disent que l’essence de l’âme est le néant, et que l’essence de Dieu est ce néant même des âmes arrivées au repos : cela est faux, et contre la foi. Car Dieu est tout en tout, l’être éternel, tout-puissant, infini et incréé, auteur de toutes les créatures : c’est ce que témoigne aux yeux de l’intelligence et confesse en maintes façons tout ce qu’il a créé. Il vit par sa grâce dans les puissances de notre âme, et nous ordonne d’opérer des œuvres de salut éternel, puisqu’il est lui-même une opération éternelle. C’est par ces bonnes œuvres d’éternité que nous lui ressemblons et demeurons toujours avec lui, croissant et progressant en des grâces toujours plus abondantes. Au-dessus de la grâce et des bonnes œuvres il vit encore par lui-même dans la propre essence de l’âme : c’est là que nous lui sommes unis et que nous sommes élevés dans la vie sainte et bienheureuse. Mais entre cette union avec Dieu au-dessus de nous et la ressemblance avec lui au-dedans de nous-mêmes, il nous faut placer l’intermédiaire des œuvres bénies qui attirent sa complaisance, et qu’il nous a commandées et conseillées : nous ne pouvons autrement atteindre l’union avec Dieu, devenir saints ni bienheureux. CHAPITRE XXII

Puis vient le troisième mode qui découle du premier fleuve de la grâce, nous conduit à Dieu et nous unit à lui. Ce mode peut mieux être appelé sans mode que mode. Il débute lorsque l’âme raisonnable a épuisé toutes ses forces et tout son pouvoir dans l’amour. Là commence l’amour sans mode ; au-dessus de l’amour ordonné, l’entendement pur et dépouillé ; au-dessus des vertus, la vertu foncière ; au-dessus des pratiques de vertu, l’inaction ; au-dessus de tout mode l’être sans mode ; au-dessus des pratiques intérieures raisonnables la vie contemplative. Car dans la révélation de Dieu, où Dieu se montre lui-même, la raison de l’âme est comme l’œil de la chauve-souris, qui devient aveugle à la clarté du soleil. Là commence l’esprit aimant, vraie vie de l’âme, qui sans cesse adhère à Dieu par amour. Il ressemble à l’aigle plein de noblesse, qui sans broncher contemple et fixe la clarté du soleil ; et c’est ce que fait l’œil simple et clair de l’esprit aimant, qui reçoit l’éclat de la clarté de Dieu, au-dessus de la raison et sans intermédiaire. Le Père céleste dit alors à l’esprit aimant « Ouvre ton œil simple et contemple qui je suis : l’être, la vie, la sagesse, la vérité, la béatitude éternelle, l’amour sans fin. Je t’affranchis, demeure avec moi ; perds-toi en moi, ainsi pourras-tu te trouver en moi, et moi en toi, avec tous les esprits aimants élevés comme toi et unis à moi. Sois libre en toi-même et liberté en moi ; sois bienheureux en toi et béatitude en moi. Je te donne une claire et simple connaissance de moi-même en toi ; et une ignorance sans fond et impénétrable de moi-même, c’est là ce que je te donne. Perds-toi et trépasse de toi-même en toi ; sois sans distinction une simple béatitude avec moi. » CHAPITRE LIII


Ver online : Les Voies