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Œuvres de Maître Eckhart

Eckhart : « In principio »

Sermon XXII de Maître Eckhart

jeudi 20 novembre 2008

Jésus se révèle aussi avec une douceur et richesse incommensurables qui sourd de la force de l’Esprit? Saint et sourd avec surabondance et flue avec pleine richesse et douceur en flux surabondant dans tous les coeurs réceptifs. Lorsque Jésus se révèle avec cette richesse et avec cette douceur et s’unit à l’âme, avec cette richesse et avec cette douceur l’âme flue alors de retour dans soi-même et hors de soi-même et au-dessus de soi-même et au-dessus de toutes choses, par grâce, avec puissance, sans intermédiaire, dans son premier commencement. Alors l’homme? extérieur est obéissant à son homme intérieur jusqu’à sa mort, et est alors en paix constante dans le service de Dieu en tout temps. Pour qu’aussi Jésus doive nécessairement venir en nous et jeter dehors et enlever tous obstacles et nous fasse un comme il est un, un Dieu avec le Père et avec l’Esprit Saint, pour que donc nous devenions et demeurions éternellement un avec lui, qu’à cela Dieu nous aide. Amen. Sermon 1

Veux-tu savoir vraiment si ta souffrance est tienne ou bien de Dieu, tu dois le déceler d’après ceci : souffres-tu à cause de ta volonté propre, en quelque manière que ce soit, souffrir te fait mal et t’est lourd à porter. Mais souffres-tu à cause de Dieu et de Dieu seul, souffrir ne te fait pas de mal et ne t’est pas lourd, car c’est Dieu qui porte le fardeau. En bonne vérité ! Y aurait-il un homme qui voudrait souffrir de par Dieu et purement pour Dieu seul, et si s’abattait sur lui tout le souffrir que tous les hommes aient jamais pâti et que le monde? entier à en partage, cela ne lui ferait pas mal ni ne lui serait lourd, car c’est Dieu qui porterait le fardeau. Si l’on me mettait un quintal sur la nuque et qu’ensuite ce soit un autre qui le soutienne sur ma nuque, j’en chargerais cent aussi volontiers que un, car cela ne me serait lourd ni ne me ferait mal. Dit brièvement : ce que l’homme pâtit de par Dieu et pour Dieu seul, cela Dieu le lui rend léger et doux, ainsi que je l’ai dit au commencement par quoi nous commençâmes notre sermon : « Jésus monta à un petit château fort et fut reçu par une vierge qui était une femme. » Pourquoi ? Il fallait de nécessité qu’elle soit une vierge et aussi une femme. Maintenant je vous ai dit que Jésus fut reçu ; mais je ne vous ai pas dit ce qu’est le petit château fort, ce pour quoi je veux maintenant parler. Sermon 2

Les maîtres disent : Etre et connaissance? sont tout un, car ce qui n’est pas, on ne le connaît pas non plus ; ce qui a le plus d’être, on le connaît aussi le plus. Comme donc Dieu a un être suréminent, pour cette raison il surpasse toute connaissance, selon que j’ai dit avant-hier dans mon dernier sermon que l’âme se trouve façonnée intérieurement dans la limpidité première, dans l’impression de l’essentialité limpide, où elle goûte Dieu avant qu’il ne revête vérité ou cognoscibilité, là où toute nomination est déposée : là elle connaît le plus limpidement, là elle se saisit de l’être à mesure égale. C’est pourquoi Paul dit : « Dieu habite dans une lumière à laquelle il n’est point d’accès. » Il a inhabitation dans sa propre essentialité limpide, là où il n’est rien qui s’ajoute. Ce qui a contingence, il faut que ce soit écarté. Il est un limpide se-tenir-dans-soi-même, là où il n’y a ni ceci ni cela ; car ce qui est en Dieu, cela est Dieu. Un maître païen dit : Les puissances qui planent au-dessus de Dieu ont un habiter en Dieu, et bien qu’elles aient un limpide se-tenir-dans-soi-même, elles ont cependant un inhabiter dans celui qui n’a ni commencement ni fin ; car en Dieu rien d’étranger ne peut tomber. De quoi vous avez témoignage par le ciel : il ne peut recevoir aucune impression étrangère selon un mode étranger. Sermon 3

« Comme une étoile du matin au milieu de la nuée. » Je vise le petit mot quasi, qui signifie « comme », ce que les enfants à l’école appelle un adverbe. C’est cela que je vise dans tous mes sermons. Le plus propre que l’on puisse dire de Dieu, c’est parole et vérité. Dieu se nomma soi-même une Parole. Saint Jean dit : « Au commencement était le Verbe », et veut dire qu’auprès du verbe l’on doit être un adverbe. Tout comme l’étoile libre d’après laquelle est nommé le vendredi, Vénus : elle a de multiples noms. Quand elle précède le soleil et se lève avant le soleil, elle s’appelle une étoile du matin ; quand elle suit le soleil en sorte que le soleil décline avant, elle s’appelle étoile du soir. Tantôt elle a sa course au-dessus du soleil, tantôt au-dessous du soleil. Plus que toutes les étoiles elle est toujours également proche du soleil ; elle ne s’en éloigne ni ne s’en approche jamais et signifie qu’un homme qui veut parvenir là doit en tout temps être près de Dieu et lui être présent, de sorte que rien ne puisse l’éloigner de Dieu, ni bonheur ni malheur ni aucune créature. Sermon 9

« Lève-toi, Jérusalem, et sois illuminée. » D’autres maîtres disent, qui divisent aussi l’âme en trois : il nomme la puissance supérieure une puissance irascible ; ils l’assimilent au Père. Celui-ci mène toujours une guerre et un courroux contre le mal. La colère aveugle l’âme, et l’amour submerge les sens ( ... ) La première puissance a son siège dans le foie, la seconde dans le coeur, la troisième dans le cerveau. Dieu mène une guerre contre la nature? ( ... ). La première ( puissance ) n’a jamais de repos avant que d’avoir atteint ce qui est le plus élevé ; s’il se trouvait quelque chose? de plus élevé que Dieu, elle ne voudrait pas de Dieu. La seconde ne se satisfait que du tout meilleur ; y aurait-il quelque chose de meilleur que Dieu, elle ne voudrait pas de Dieu. La troisième ne se satisfait que d’un bien ; y aurait-il un bien ( plus grand ) que Dieu, elle ne voudrait pas de Dieu. Elle ne repose en rien que dans un bien permanent, en lequel tous biens sont inclus, en sorte qu’en lui ils sont un ( seul ) être. Dieu lui-même ne repose pas là où ( il ) est un commencement de tout être. Il repose là où ( il ) est une fin et un commencement de tout être. Sermon 14

Saint Jean dit : « Ceux qui le reçurent, à ceux-là il donna pouvoir de devenir fils de Dieu. Ceux qui sont fils de Dieu, ceux-là ne sont pas ( nés ) de la chair et du sang ; ils sont nés de Dieu », non pas hors ( de lui ) mais en ( lui ). Notre aimable Dame dit : « Comment cela peut-il être que je devienne Mère de Dieu ? Alors l’ange dit : le Saint Esprit doit venir en toi d’en haut. » David David Personnage de la Bible. dit : « Aujourd’hui je t’ai engendré. » Qu’est-ce qu’aujourd’hui ? Eternité. Je me suis éternellement engendré ( comme ) toi et toi ( comme ) moi. Néanmoins, il ne suffit pas à l’homme noble humble d’être le fils unique engendré, que le Père a éternellement engendré, il veut encore être Père et entrer dans la même égalité de la paternité éternelle, et engendrer celui dont je suis? éternellement engendré, ainsi que je l’ai dit au Mariengarten ; c’est là que Dieu en vient à ce qui lui est propre. Approprie-toi à Dieu, ainsi Dieu est-il ton propre, comme il est le propre de soi-même. Ce qui se trouve engendré en moi, cela demeure ; Dieu ne se sépare jamais de l’homme où que l’homme se tourne. L’homme peut se détourner de Dieu ; aussi loin de Dieu que l’homme aille, Dieu se tient ( là ) et l’attend et le prévient avant qu’il ne le sache. Veux-tu que Dieu soit ton propre, tu doit alors être son propre, comme ( le sont ) ma langue? ou ma main, en sorte que je puis faire de lui ce que je veux. Aussi peu puis-je agir? sans lui, aussi peu peut-il opérer quelque chose sans moi. Veux-tu donc que Dieu soit ainsi ton propre, fais-toi son propre, et ne garde rien que lui dans ta visée ; alors il est un commencement et une fin de tout ton opérer, de même que sa déité tient en ce qu’il est Dieu. L’homme qui ainsi en toutes ses oeuvres ne vise et n’aime rien que Dieu, à celui-là Dieu donne sa déité. Tout ce que l’homme opère, ( Dieu l’opère ), car mon humilité donne à Dieu sa déité. « La lumière luit dans les ténèbres, et la lumière, les ténèbres ne l’ont pas saisie » ; cela veut dire que Dieu n’est pas seulement un commencement de toutes nos oeuvres et de notre être, il est aussi une fin et un repos de tout être. Sermon 14

J’ai aussi souvent parlé du commencement premier et de la fin dernière. Le Père est un commencement de la déité, car il se saisit soi-même dans soi-même. De lui vient la parole éternelle qui demeure à l’intérieur, et ( le Père ) ne l’engendre pas, car il est une fin de la déité, qui demeure à l’intérieur, et de toutes les créatures, là où est un limpide repos et une quiétude de tout ce qui jamais acquit l’être. Le commencement est en vue de la fin, car dans la fin dernière repose tout ce qui jamais acquit être doué d’intellect. ( La fin dernière ) de l’être est la ténèbre ou l’inconnaissance de la déité cachée, d’où brille cette lumière, et cette ténèbre ne l’a pas saisie. C’est pourquoi Moïse dit : « Celui qui est là m’a envoyé », lui qui est sans nom, qui est une négation de tous noms et qui jamais n’acquit de nom. Et c’est pourquoi le prophète dit : « En vérité, tu es le Dieu caché » dans le fond de l’âme, là où le fond de Dieu et le fond de l’âme son un ( seul ) fond. Plus on te cherche, moins on te trouve. Tu dois le chercher de sorte que tu ne le trouves nulle part. Si tu ne le cherches pas, alors tu le trouves. Pour que nous le cherchions de telle sorte que nous demeurions près de lui éternellement, qu’à cela Dieu nous aide. Amen. Sermon 15

Ce qui de l’âme est dans ce monde ou lorgne vers ce monde, et ce qui d’elle est atteint en quelque chose et lorgne vers l’extérieur, elle doit le haïr. Un maître dit que l’âme, dans ce qu’elle a de plus élevé et de plus limpide, est au-dessus du monde. Rien n’attire l’âme vers ce monde qu’amour seulement. Parfois elle a un amour naturel qu’elle porte au corps. Parfois elle a un amour de volonté, qu’elle porte à la créature. Un maître dit : Aussi peu l’oeil a à faire avec le chant et l’oreille avec la couleur, aussi peu l’âme dans sa nature a-t-elle à faire avec tout ce qui est dans ce monde. C’est pourquoi nos maîtres ( ès sciences ) naturelles disent que le corps est davantage dans l’âme que l’âme n’est dans le corps. Tout comme le vase contient davantage le vin que le vin le vase, ainsi l’âme contient-elle davantage en elle le corps que le corps l’âme. Ce que l’âme aime dans ce monde, de cela elle est nue dans sa nature. Un maître dit : Il est de la nature et de la perfection naturelle de l’âme qu’elle devienne dans elle un monde doué d’intellect, là où Dieu a formé dans elle les images de toutes choses. Qui dit alors qu’il est parvenu à sa nature, celui-là doit trouver toutes choses formées en lui dans la limpidité, comme elles sont en Dieu, non comme elles sont dans leur nature, plutôt : comme elles sont en Dieu. Ni esprit ni ange ne touchent le fond de l’âme pas plus que la nature de l’âme. C’est en cela qu’elle parvient dans ce qui est premier, dans le commencement, où Dieu jaillit avec bonté dans toutes les créatures. Là elle prend toutes choses en Dieu, non dans la limpidité, telles qu’elles sont dans leur limpidité naturelle, plutôt : dans la limpide simplicité, telles qu’elles sont en Dieu. Dieu a fait tout ce monde comme en charbon. L’image qui est en or est plus ferme que celle qui est en charbon. C’est ainsi que toutes choses dans l’âme sont plus limpides et plus nobles qu’elles ne le sont dans ce monde. La matière dont Dieu a fait toutes choses est plus médiocre que ne l’est le charbon en regard de l’or. Qui veut faire un pot, celui-là prend un peu de terre ; c’est là sa matière, avec laquelle il opère. Après il lui donne une forme, qui est en lui, qui est en lui plus noblement que la matière. Ici j’estime que toutes choses sont immensément plus nobles dans le monde doué d’intellect qu’est l’âme qu’elles ne le sont dans ce monde ; exactement comme l’image qui est taillée et gravée dans l’or, ainsi les images de toutes choses sont-elles simples dans l’âme. Un maître dit : L’âme a en elle une capacité que les images de toutes choses se trouvent imprimées en elle. Un autre dit : Jamais l’âme n’est parvenue à sa nature qu’elle ne trouve toutes choses formées en elle dans ce monde doué d’intellect, qui est incompréhensible ; aucune pensée n’y parvient. Grégoire dit : Ce que nous énonçons des choses divines, il nous faut le balbutier, car il faut qu’on le dise avec des mots. Sermon 17

In principio. Ici nous est donné à entendre que nous sommes un Fils unique que le Père a éternellement engendré hors de la ténèbre cachée de l’être-cachée éternel demeurant intérieurement dans le premier commencement de la limpidité première, qui est là une plénitude de toute limpidité. Ici je me suis éternellement reposé et ai dormi dans la connaissance cachée du Père éternel, demeurant intérieurement inexprimé. Hors de cette limpidité il m’a engendré éternellement ( comme ) son Fils unique dans la même image de sa paternité éternelle, afin que je sois Père et engendre celui par qui j’ai été engendré. De la même manière que si quelqu’un se tenait devant une haute montagne et criait : « Es-tu là ? », l’écho et la résonance lui répliqueraient : « Es-tu là ? » S’il disait : « Sors ! », l’écho lui dirait aussi : « Sors ! ». Oui, qui dans cette lumière verrait un morceau de bois, celui-ci deviendrait un ange et deviendrait doué d’intellect, et non seulement doué d’intellect, il deviendrait un limpide intellect dans la limpidité première qui là est une plénitude de toute limpidité. Ainsi fait Dieu : il engendre son Fils unique dans la partie la plus élevée de l’âme. En même temps qu’il engendre son Fils unique en moi, je l’engendre en retour dans le Père. Il n’en fut pas autrement lorsque Dieu engendra l’ange alors que lui( -même ) naquit de la Vierge. Sermon 22

Lorsque Dieu créa l’âme, il la créa selon sa plus haute perfection, pour qu’elle soit une fiancée du Fils unique. Etant donné que celui-ci le savait bien, il voulut sortir hors de sa chambre secrète du trésor de la paternité éternelle, dans laquelle il a sommeillé éternellement, demeurant à l’intérieur inexprimé. In principio. Dans le premier commencement de la limpidité première, le Fils a ouvert la tente de sa gloire éternelle, et pour cette raison est venu de là, du Très-Haut, parce qu’il voulait élever son amie à qui le Père l’avait fiancé éternellement, en sorte qu’il l’a reconduise au Très-Haut dont elle est venue, et il est écrit en un autre lieu : « Vois ! ton roi vient à toi. » C’est pourquoi il sortit et s’en vint en bondissant comme un chevreau et souffrit sa peine par amour ; et il ne sortit pas qu’il ne veuille rentrer à nouveau dans sa chambre avec sa fiancée. Cette chambre est la ténèbre silencieuse de la paternité cachée. Quand il sortit du Très-Haut, il voulut rentrer à nouveau avec sa fiancée dans le tout-limpide, et voulut lui révéler l’intimité cachée de sa déité cachée, là où il repose avec lui-même et avec toutes les créatures. Sermon 22

In principio, cela signifie en français un point de départ de tout être, comme je l’ai dit à l’Ecole ; je dis encore plus : C’est une fin de tout être, car le premier commencement est en vue de la fin ultime. Oui, Dieu lui-même ne repose pas là où il est le premier commencement ; il repose là où il est une fin et un repos de tout être, non pas de telle sorte que cet être anéanti, plutôt : il ( = cet être ) se trouve accompli là dans sa fin ultime selon sa perfection la plus haute. Qu’est-ce que la fin ultime ? C’est la ténèbre cachée de la déité éternelle, et c’est inconnu et ne fut jamais connu et ne sera jamais connu. Dieu demeure là en lui-même inconnu, et la lumière du Père éternel a lui là éternellement à l’intérieur, et la ténèbre ne saisit pas la lumière. Pour que nous parvenions à cette vérité, qu’à cela nous aide la vérité dont j’ai parlé. Amen. Sermon 22


Voir en ligne : MESTRE ECKHART