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Histoire des moines

Rufin: Les distractions dans la prière : vision de Macaire.

Textes ascétiques des Pères de l’Église

segunda-feira 18 de outubro de 2021, por Cardoso de Castro

      

Rouët de Journel, Textes ascétiques des Pères de l’Église. Herder  , 1947

      

29. A propos de lui ( Macaire ) il nous a été affirmé pour que nous le croyions, et cela par ceux qui l’avaient entendu de sa bouche, que le démon vint une nuit frapper à la porte de sa cellule et lui dit : « Lève-toi, abbé Macaire, et allons à la réunion où les frères s’assemblent pour les prières de la nuit. » Mais lui qui, rempli de la grâce divine, ne pouvait être trompé, comprit que c’était une ruse du démon et dit : « Menteur et ennemi de la vérité ! Quel rapport, quel commerce as-tu donc avec la réunion et l’assemblée des frères ? » L’autre reprit : « Ignores-tu, Macaire, qu’il ne se fait point d’assemblée ou de réunion de moines sans que nous y soyons? Viens seulement, et tu vas voir nos œuvres.» Alors Macaire dit: «Que le Seigneur te punisse ( Jud 9 ), démon immonde.» Et s’étant mis en prière, il demanda au Seigneur de lui faire connaître si ce dont le démon s’était vanté était véritable. Il s’en alla donc à la réunion, où les frères célèbrent les vigiles de nuit, et de nouveau il pria le Seigneur de lui montrer la vérité de ce que le démon avait dit. Et voici qu’il vit dans toute l’église comme de petits enfants éthiopiens très laids, qui couraient de tous côtés et qui se déplaçaient comme s’ils avaient eu des ailes. Or la coutume est que tous les frères étant assis, il y en a un qui récite un psaume, et les autres l’écoutent ou répondent. Ces petits Ethiopiens courant donc deçà et delà faisaient diverses malices à tous ceux qui étaient assis : ils fermaient avec deux de leurs petits doigts les paupières de l’un, et il s’endormait aussitôt ; à un autre ils mettaient le doigt dans la bouche, et ils le faisaient bailler. Et lorsque, à la fin du psaume, les frères se prosternaient pour prier, ils ne laissaient pas de courir autour d’eux, et ils apparaissaient à l’un, plongé dans la prière, sous la la figure d’une femme, à un autre comme bâtissant une maison m ou portant quelque chose, à d’autres encore en diverses manières. Tout ce que les démons leur avaient représenté comme en se jouant, ils le roulaient dans leur imagination durant leur prière. Il y en avait néanmoins quelques-uns qui comme par je m: ne sais quelle force supérieure les repoussaient de telle sorte, lorsqu’ils les voulaient ainsi tromper, qu’ils tombaient la tête la première, et que ne pouvant après cela demeurer debout, ils n’osaient plus passer auprès d’eux ; au lieu qu’au contraire ils marchaient sur la tête et sur le dos de quelques autres des frères, même des malades, et se moquaient d’eux parce qu’ils n’étaient pas attentifs à leur oraison. Ayant vu cela, saint Macaire jeta de profonds soupirs et fondant en larmes en présence de Dieu   lui dit : « Regardez, Seigneur ; ne vous taisez pas et ne vous reposez pas, ô Dieu» ( Ps 82, 1 ). «Levez-vous, que vos ennemis soient dispersés et qu’ils fuient devant votre face ; car notre âme est remplie de tromperies» ( Ps 67,2; 37,8 ). Après la prière, le saint, pour approfondir encore la vérité de ce qu’il avait vu, fit appeler à part, chacun en particulier, ceux des frères devant lesquels il avait remarqué que les démons avaient apparu sous des formes diverses et en se jouant d’eux par différents artifices, et il leur demanda si durant leur oraison ils avaient eu quelque pensée ou de bâtir, ou de voyager, ou d’autres choses selon qu’il avait reconnu que les démons les leur avaient présentées ; chacun d’eux lui avouant que cela s’était passé en eux de la sorte, il comprit que toutes ces pensées vaines et inutiles que l’on a durant l’office et dans la prière sont un jeu des démons, et que ces affreux Ethiopiens sont repoussés par ceux qui veillent avec grand soin sur eux-mêmes. Car une âme unie à Dieu, et qui dans le temps de l’oraison a une attention particulière vers lui, ne souffre pas que rien d’étranger, rien d’inutile ne vienne en elle.


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