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Homélies sur les Nombres

La raison du mal

segunda-feira 18 de outubro de 2021, por Cardoso de Castro

      

Nous disons que, par une certaine dispensation de la sagesse de Dieu  , tout est disposé dans le monde en sorte que rien ne soit inutile devant Lui, mal ou bien. Mais expliquons-nous plus clairement. Dieu n’a pas créé la malice, ce sont d’autres qui l’ont inventée ; Il aurait pu l’empêcher, Il ne le fait pas. Avec les méchants, Il se sert de la malice pour des fins nécessaires. Par leur action Il illustre et Il aguerrit ceux qui tendent à la gloire des vertus. Si la malice était supprimée, les vertus ne rencontreraient plus d’opposition. Sans opposition, la vertu ne brillerait pas, il lui manquerait la gloire et l’épreuve. Or une vertu qui n’est ni aguerrie ni éprouvée n’est plus une vertu.

Mais tout cela, avancé sans le témoignage des divines paroles, semblera plutôt raffinements et inventions humaines que vérités incontestables. Cherchons donc si les divins Livres renferment quelque pensée analogue. Prenons Joseph. Qu’on supprime la malice de ses frères, leur jalousie, tout le plan parricide qu’ils dressèrent contre leur frère jusqu’à le vendre enfin. Cela supprimé, qu’on voie ce qui tombe des dispensations de Dieu. On en retranchera en même temps toutes les actions accomplies par Joseph en Egypte pour le salut universel. Le songe de Pharaon n’aurait pas été interprété, si par la jalousie de ses frères Joseph n’avait pas été vendu et n’était pas venu en Egypte ; personne n’aurait compris ce que Dieu avait révélé au roi, on n’aurait pas amassé de blé en Egypte, ni remédié à la famine par une sage prévoyance. L’Egypte serait morte, mais les pays limitrophes seraient aussi morts de , faim, et avec eux Israël ; sa descendance ne serait pas entrée en Egypte en quête de pain et les fils   d’Israël n’en seraient pas sortis au milieu des miracles du Seigneur. Plus de plaies d’Egypte, plus de prodiges de Dieu accomplis par Moïse et Aaron. On n’eût point passé la Mer Rouge à pied sec. La vie mortelle ne connaîtrait pas l’aliment de la manne. Les torrents d’eau   n’auraient pas jailli de la pierre qui suivait le peuple. La Loi n’aurait pas été donnée par Dieu aux hommes. Tout le contenu de l’Exode, du Lévitique, des Nombres même et du Deutéronome ne serait pas venu à la connaissance des hommes. Personne ne serait entré dans l’héritage paternel et dans la Terre Promise. Pour prendre ce passage que nous avons en mains, qu’on supprime la malice de ce mauvais roi Balac, et son désir de maudire Israël, qu’on supprime l’astuce qui le faisait inviter Balaam à anéantir le peuple : on supprimera en même temps les dispensations de Dieu en faveur d’Israël et les bienfaits de sa Providence ; plus de ces prophéties qui par la bouche de Balaam s’adressent à la fois aux fils d’Israël et aux Nations.

On veut aussi des témoignages du Nouveau Testament à l’appui de ceci ? Si l’on supprime la malice de Judas, si l’on enlève sa trahison, on supprimera en même temps la croix du Christ   et Sa Passion, et s’il n’y a plus de croix, « Les Principautés et les Puissances » ne sont plus « dépouillées et vaincues par le bois de la croix ». Si la mort du Christ n’avait pas eu lieu, Sa résurrection n’aurait pas eu lieu non plus, Il ne se serait pas levé « un Premier-né d’entre les morts ». Et sans ce Premier-né d’entre les morts, nous n’aurions pas l’espérance de la résurrection.

De la même manière, supposons que le Diable même ait été privé par quelque contrainte de la possibilité de pécher, ou qu’après le péché la volonté de mal faire lui ait été ôtée ; par le fait même nous aurions perdu l’occasion de lutter contre ces assauts, il n’y aurait plus à attendre « la couronne de la victoire pour celui qui a lutté selon les règles ». Si nous n’avions pas d’adversaires, il n’y aurait pas de combat ni de récompense décernée aux vainqueurs, et le Royaume du ciel ne leur serait pas offert ; « ce léger fardeau de notre tribulation présente ne produirait pas avec usure son poids de gloire dans l’avenir » ; et personne d’entre nous n’espérerait pour sa patience dans les tribulations supportées la gloire immense de la vie future.

Concluons que Dieu ne se sert pas seulement du bien pour faire œuvre bonne, mais aussi du mal. Chose admirable : Dieu se sert de mauvais vases pour faire œuvre bonne ! « Dans la grande demeure de ce monde, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, il y en a aussi de bois et d’argile, les uns vases d’honneur, les autres vases d’opprobre », mais également nécessaires les uns et les autres. A la vérité  , comme les vases dont nous parlons sont raisonnables et doués de libre arbitre, ce n’est pas par accident, par hasard qu’on devient vase d’honneur ou vase d’opprobre. Celui qui s’est montré digne de l’élection devient un « vase d’élection », un « vase d’honneur » ; au contraire celui qui vit avec des pensées indignes et mauvaises, prend la forme d’un vase de mépris sous l’effet de causes qui ne viennent pas de son Créateur, mais de lui-même. Ce n’est pas le Créateur qui a fait de ces hommes ce qu’ils sont devenus, mais il dispense leurs intelligences d’après le choix de leur volonté par une loi juste et ineffable de Sa Providence.


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