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CONFÉRENCES DE CASSIEN

Cassien: La contemplation

segunda-feira 18 de outubro de 2021

Non, vous le voyez, la demeure du Seigneur n’est pas dans les combats de la continence, mais dans la paix de la chasteté; c’est dans l’observatoire des vertus qu’il fait son séjour, dans la contemplation. Le psalmiste avait bien sujet? de mettre les portes de Sion au-dessus de toutes les tentes de Jacob : «Le Seigneur  , dit?-il, aime les portes de Sion plus que toutes les tentes de Jacob.» (Ps 86,2). Les Conférences: DEUXIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBÉ CHEREMON

Ce sont là en vérité les divines merveilles que l’âme du prophète et celles qui lui ressemblent, découvrent avec étonnement dans une contemplation pleine de miracles. Ce sont là les prodiges que Dieu? a opérés sur la terre?, et dont la vue? fait dire au même prophète, en appelant tous les peuples à les admirer : «Venez et voyez les oeuvres de Dieu, les prodiges qu’il a opérés sur la terre; il a brisé l’arc et rompu les armes, et consumé par? le feu? les boucliers.» (Ps 45,9-10). Car quel plus grand prodige, que de voir en un moment les publicains cupides devenir apôtres, les persécuteurs farouches se charger en prédicateurs de l’Évangile et propager au prix de leur sang la foi qu’ils poursuivaient ? Tels sont les divins ouvrages que le Fils atteste qu’il accomplit chaque jour en union? avec son Père : «Mon Père agit jusqu’aujourd’hui, et moi? aussi j’agis.» (Jn 5,17). Telles sont les oeuvres de Dieu que le bienheureux David   chante en esprit? : «Béni soit le Seigneur  , le Dieu d’Israël, qui seul fait des prodiges !» (Ps 71,18). C’est d’elles que parle le prophète Amos : «Il a fait toutes choses?, et il les change; il change en matin l’ombre? de la mort?.» (Amos 5,18). «Ce sont là, en effet, les changements de la droite du Très-Haut.» (Ps 76,11). C’est au sujet de cet ouvrage de salut que le prophète adresse au Seigneur cette prière : «Affermissez, ô Dieu, ce que vous avez fait en nous !» (Ps 67,29). Les Conférences: DEUXIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBÉ CHEREMON

Plus l’âme est pure? et limpide, plus sublime? est sa contemplation. Et plutôt son admiration grandit-elle au fond d’elle-même qu’elle ne trouve de mots? pour la rendre, de discours? pour l’expliquer?. De même que celui qui n’a pas éprouvé cette joie? ne la peut concevoir, celui qui en a fait l’expérience ne peut non plus la dire. Les Conférences: DEUXIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBÉ CHEREMON

Elle fait la matière de deux sciences? : la première, pratique ou active, est toute dans le soin de réformer ses moeurs et de se purifier des vices; la seconde, théorique, consiste en la contemplation des choses divines et la connaissance? des mystères les plus sacrés. Les Conférences: PREMIÈRE CONFÉRENCE DE L’ABBÉ NESTEROS

Je sens? que vous avez le zèle de la lecture. Conservez-le; et de toute votre ardeur, hâtez-vous de posséder au plus tôt la plénitude de la science pratique, c’est-à-dire morale. Sans elle, la pureté de la contemplation, dont nous parlions naguère, demeure hors de nos prises. Ceux-là seulement qui sont devenus parfaits, non certes par l’effet de la parole de leurs maîtres, mais par la vertu de leurs propres actions?, l’obtiennent, pour ainsi dire, en récompense, après l’avoir payée de bien des oeuvres et des labeurs. Ce n’est pas dans la méditation de la loi? qu’ils acquièrent l’intelligence?, mais comme le fruit de leurs travaux?. Ils chantent avec le psalmiste : «Par vos commandements m’est venue l’intelligence.» (Ps 118,104). Ils s’écrient, pleins de confiance, après avoir éliminé, toute passion? : «Je chanterai des psaumes et j’aurai l’intelligence dans le chemin? de l’innocence.» (Ps 100,1-2). Car celui-là comprend, tandis qu’il psalmodie, les paroles qu’il chante, qui marche dans les voies de l’innocence par le privilège d’un coeur pur. Les Conférences: PREMIÈRE CONFÉRENCE DE L’ABBÉ NESTEROS

Cependant, un vif sentiment de componction me remuait intérieurement. Il se traduisit bientôt par de profonds soupirs : «Toutes les pensées, dis-je, que vous avez développées avec tant d’éloquence, ajoutent encore au découragement dont j’avais à souffrir?. Outre les captivités de l’âme qui sont communes à tous, et les distractions qui battent du dehors les esprits encore faibles, je trouve un obstacle particulier à mon salut dans la médiocre connaissance que je parais avoir de la littérature. Zèle du pédagogue, ou application de l’élève, je m’en suis imprégné jusqu’au fond. Avec un esprit de la sorte? infecté des oeuvres des poètes, les fables frivoles, les histoires grossières dont je fus imbu dès ma petite enfance et mes premiers débuts dans les études, m’occupent même à l’heure de la prière. Je psalmodie, on j’implore le pardon de mes péchés; et voici que le souvenir? effronté des poèmes jadis appris me traverse l’esprit, l’image? des héros et de leurs combats semble flotter devant mes yeux?. Tandis que ces fantômes se jouent de moi, mon âme n’est plus libre?, d’aspirer à la contemplation des choses célestes. Cependant, les larmes que je répands chaque jour ne réussissent pas à les chasser. Les Conférences: PREMIÈRE CONFÉRENCE DE L’ABBÉ NESTEROS

C’est que Dieu n’examine et ne juge? pas seulement nos paroles et nos actes; mais il considère aussi notre volonté et nos intentions?. Nous voit-il faire? ou promettre quelque chose? pour notre salut éternel ou en vue de la contemplation divine? : même si notre conduite revêt, aux yeux des hommes?, des apparences de dureté et d’injustice, lui regarde aux sentiments? de religion? qui sont au fond de notre coeur, et nous juge, non d’après le son des mots, mais sur le voeu de notre volonté. La fin? de l’acte, les dispositions? de celui qui agit, voilà ce qui est à considérer. Par là, comme on l’a dit plus haut, l’un peut se justifier en mentant; et l’autre, tomber dans un péché qui le condamne à la mort éternelle, en disant la vérité. Les Conférences: SECONDE CONFÉRENCE DE L’ABBA JOSEPH

Du nombre de ces parfaits, comme les fleurs et les fruits d’une tige féconde, sortirent les saints anachorètes. Saint Paul   et saint Antoine, que je viens de nommer, sont connus pour être les auteurs de cette profession. Ce ne fut pas, comme pour certains, la pusillanimité ni le vice de l’impatience, mais le désir d’un progrès plus sublime et le goût de la divine contemplation, qui leur firent gagner les secrets de la solitude?; bien que, dit-on, le premier? ait été contraint de fuir au désert par les embûches de ceux de sa parenté, en un temps de persécution. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA PIAMUN

Si jamais personne? se plut dans le secret de la solitude, au point? d’oublier? le commerce des hommes et de pouvoir? dire avec Jérémie : «Je n’ai pas désiré le jour de l’homme, vous le savez,» (Jer 17,16) j’avoue que le Seigneur   me fit la grâce de m’établir dans cette disposition, ou de m’efforcer au moins d’y parvenir. Je me souviens d’avoir été souvent ravi en de tels transports, par une faveur toute miséricordieuse de notre Seigneur, que j’en oubliais le fardeau de ce corps? de fragilité. Mon âme s’isolait tout à coup des sens extérieurs, et sen allait si loin du monde? matériel, que ni mes yeux ni mes oreilles ne s’acquittaient plus de leur fonction?. La pensée des choses de Dieu et la contemplation spirituelle remplissaient mon coeur à tel point, que fréquemment, je ne savais, le soir, si j’avais pris de la nourriture durant le jour, et restais incapable de décider, le lendemain, si j’avais rompu le jeûne le jour d’auparavant. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA JEAN

Vint le jour où les frères en foule gagnèrent le désert. Ses solitudes, auparavant si vastes, se trouvèrent, pour ainsi dire, resserrées. Aussitôt le feu de la divine contemplation parut s’éteindre, et le souci? des choses matérielles nous engagea dans des entraves sans nombre. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA JEAN

C’est alors que je préférai suivre le mieux que je pourrais l’idéal cénobitique, plutôt que de languir dans une profession si sublime par la préoccupation? constante? des nécessités de la chair. Si je n’y trouvais plus la liberté ni les transports dont j’avais joui autrefois, du moins aurais-je la consolation d’accomplir le précepte évangélique, en rejetant absolument tout souci du lendemain; et la perte? que je faisais d’une contemplation si haute, aurait sa compensation dans l’humilité, de l’obéissance. Enfin, c’est une chose déplorable, de faire profession d’un art?, d’une carrière quelconque, et de ne point s’y rendre parfait. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA JEAN

Je ne dis rien? de tant que choses qui pèsent particulièrement à une âme toute transportée et constamment attentive à la contemplation spirituelle : le concours des frères; les devoirs qu’imposent la réception et la conduite des hôtes; un tracas sans fin de conversations et d’affaires, dont la seule attente préoccupe encore, dans le temps même qu’elles paraissent cesser; l’esprit entretenu dans l’agitation par une inquiétude sans cesse renouvelée. La liberté du désert succombe sous les chaînes; le coeur ne s’élève jamais à cette allégresse ineffable? dont nous avons parlé, et ne réussit plus à cueillir le fruit de la profession érémitique. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA JEAN

Eussent-ils réalisé pleinement l’idéal de leur profession, ce n’est pas là encore la perfection? intégrale et de tous points consommée, mais une partie seulement de la perfection. Que celle-ci est rare, et combien peu nombreux ceux à qui Dieu l’accorde par un don gratuit ! Celui-là est parfait véritablement, et non pas seulement en partie, qui sait supporter avec une égale grandeur? d’âme, et l’horreur? de la solitude, dans le désert, et les faiblesses de ses frères, dans le monastère. Mais il est bien difficile de trouver quelqu’un qui soit parfaitement consommé en l’une et l’autre profession : parce que l’anachorète n’arrive point tout à fait au mépris et au dénuement des choses matérielles; ni le cénobite, à la pureté de la contemplation. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA JEAN

Au surplus, si l’on veut parvenir à une perpétuelle et ferme patience, il est un principe? qu’il faut tenir avec une constance inébranlable. Nous n’avons pas le droit, nous à qui la loi divine interdit, non seulement de venger nos injures, mais encore de nous en souvenir, nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la colère pour quelque tort ou contrariété que ce soit. Quel plus grave? dommage peut-il advenir à l’âme, que d’être privée par l’aveuglement? subit où son trouble la jette, de la clarté de la vraie et éternelle lumière, et de se retirer de la contemplation de Celui qui est «doux et humble de coeur »? (Mt 11,29) Qu’y a-t-il, je vous le demande, de plus pernicieux, qu’y a-t-il de plus laid? que de voir un homme perdre le sentiment des biens?éances, oublier les règles et les principes du juste discernement, et commettre, sain d’esprit et à jeun, ce qu’on ne lui pardonnerait pas en état d’ivresse et privé de sens ? Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA JEAN

Pour ce que vous avez dit tout à l’heure, que vous rappeliez à dessein la mémoire de vos péchés passés, c’est une chose qu’il faut absolument éviter. Bien plus, si ce souvenir se glisse en vous malgré vous, chassez-le à l’instant. C’est que, principalement chez le solitaire, il a beaucoup de force, pour retirer l’âme de la contemplation, en l’engageant, comme il fait, dans les souillures du monde, où l’infection des vices lui ôte la respiration. Nous prétendez repasser dans votre esprit les fautes? que vous avez commises par ignorance? ou intempérance, en suivant le prince de ce siècle ? Je veux bien vous accorder que vous ne serez point touch?é de la délectation mauvaise, à l’occasion d’une telle pensée. Mais assurez-vous que la seule contagion de votre gangrène d’antan infectera nécessairement votre âme de senteurs repoussantes, et chassera le parfum spirituel des vertus, je veux dire la suavité de la bonne odeur. Les Conférences: CONFÉRENCE DE L’ABBA PINUFE

La théorie, la contemplation de Dieu, voilà l’unique nécessaire dont le mérite? surpasse tous les mérites des actions saintes, tous les efforts de la vertu. Assurément, les qualités que nous avons vu reluire chez l’apôtre Paul, étaient bonnes, étaient utiles, et plus encore, grandes et illustres. Mais l’étain, qui paraissait d’abord de quelque profit et beauté, s’avilit en regard de l’argent; toute la valeur? de l’argent s’évanouit, si on le compare avec l’or, l’or lui-même est à mépris, comparé aux pierres? précieuses; toute la beauté enfin des pierres précieuses pâlit devant l’éclat d’une seule perle. De même, tous les mérites de la sainteté, encore qu’ils ne soient pas bons et utiles seulement pour la vie? présente, mais nous acquièrent aussi le bien? de la vie éternelle, paraîtront vils et, si je puis dire, faits pour mettre à l’encan, au prix des mérites de la contemplation divine. Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

Ainsi en va-t-il de toutes les vertus énumérées plus haut : bonnes et précieuses en elles-mêmes, la clarté de la théorie les obscurcit. C’est qu’en occupant les saints d’oeuvres bonnes, il est vrai, de soins terrestres pourtant, elles les retirent, elles les retardent considérablement de la contemplation du Bien suprême. Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

De qui pourra-t-on croire, fût-il de tous les justes et les saints le plus éminent, qu’il ait réussi, dans les liens de ce corps mortel, à posséder immuablement le bien souverain, ne s’écartant jamais de la contemplation divine, ne se laissant point distraire un instant, par les pensées terrestres, de Celui qui seul est bon ? Quelqu’un s’est-il rencontré, qui ne prit aucun souci de la nourriture, du vêtement ni des autres nécessités charnelles ? qui ne fût jamais préoccupé de la réception des frères, d’un changement de séjour, de la construction d’une cellule, jusqu’à désirer le secours des hommes, ou tomber, par un sentiment trop vif de sa détresse, sous le reproche du Seigneur : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez (Mt 6,25) Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

Aussi, voyez-le reconnaissant, d’une part, les fruits inappréciables qu’il fait dans la vie active? ; de l’autre, pesant dans son coeur le bien de la théorie. Il met en quelque sorte sur un plateau de la balance le fruit de tant de labeurs, sur l’autre le délice de la contemplation divine. Puis, longtemps il s’efforce, dirait-on, d’amener à la rectitude parfaite son jugement intérieur. Car, d’un côté, le prix immense de ses travaux le réjouit; mais, de l’autre, le désir de l’unité et de l’inséparable société du Christ   l’invite à quitter son corps. Enfin, dans son doute?, il s’écrie : Que choisir? ? Je l’ignore. Je me sens pressé des deux parts. J’ai le désir de voir se briser les liens de mon corps et d’être avec le Christ  , ce qui est de beaucoup le meilleur; mais il est plus utile que je demeure dans la chair à cause? de vous (Phil 1,22-24). Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

Donc, afin d’obtenir le bien souverain, qui consiste à jouir de la vue de Dieu et rester perpétuellement uni au Christ  , il souhaite de voir se briser les liens de son corps. Caduc comme il est, et empêché par les mille nécessités qui naissent de sa fragilité, il est impossible, en effet, que notre corps mortel ne soit quelquefois séparé de la société du Christ   ? Il n’est pas jusqu’à l’âme elle-même, distraite par tant de soins, entravée de tant d’inquiétudes diverses autant que fâcheuses qui ne soit incapable de jouir sans cesse de la contemplation de Dieu. Quelle application si persévérante, quelle vie si austère, qui ne soit de temps en temps sujette aux illusions de l’insidieux et rusé adversaire ? S’est-il trouvé personne, passionné du secret de la solitude et appliqué à fuir le commerce des mortels, au point de ne jamais glisser dans les pensées superflues, ni déchoir, ou par la vue des choses d’ici-bas, ou par le souci des occupations terrestres, de la contemplation divine, qui seule est bonne ? Qui put jamais garder si bien la ferveur de l’esprit, que la pente trop facile de ses pensées ne l’ait parfois emporté loin de sa prière, et soudain précipité du ciel? sur la terre ? À qui d’entre nous n’est-il pas arrivé, pour ne rien dire des autres moments de divagation, d’être saisi d’une sorte de stupeur et de tomber d’une chute? profonde, à l’heure même qu’il élevait au ciel son âme pleine de supplications ? Offense involontaire, je l’accorde; c’était pourtant offenser Dieu, par où l’on pensait obtenir son pardon. - Qui est tellement exercé et vigilant, qu’il ne se laisse en aucune façon distraire du sens de l’Écriture, tandis qu’il chante un psaume à Dieu ? tellement entré dans l’intimité divine, qu’il puisse se réjouir d’avoir accompli un seul jour le précepte de l’Apôtre, de prier sans cesse ? Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

En vérité, n’est-ce pas se rendre coupable, je ne dis pas seulement d’une faute légère, mais d’une impiété grave, si, tandis que l’on répand sa prière devant Dieu, on s’écarte de sa Présence, comme on ferait d’un aveugle et d’un sourd, pour suivre la vanité d’une folle? pensée ? Mais ceux qui couvrent les yeux de leur coeur du voile épais des vices, et, selon la parole du Sauveur, en voyant ne voient pas, en entendant n’entendent ni ne comprennent (Mt 13,13), à peine aperçoivent-ils, dans les profondeurs de leur conscience?, les péchés mortels : comment auraient-ils le pur regard qu’il faut pour discerner l’apparition insensible des pensées, ou les mouvements fugitifs et cachés de la concupiscence, qui blessent l’âme d’une pointe légère et subtile, ou les distractions qui les retiennent captifs ? Errant sur tous objets? au gré d’une imagination? sans retenue, ils n’ont pas l’idée de s’affliger, lorsqu’ils sont arrachés de la divine contemplation, qui est quelque chose d’infiniment simple?. Mais quoi ? ils n’ont rien dont ils puissent déplorer la perte ! Ouvrant leur âme toute grande au flot envahissant des pensées, ils n’ont point, en effet, de but fixe auquel ils se tiennent sur toutes choses, et vers lequel ils fassent converger tous leurs désirs. Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

Au contraire, ceux qui mettent toute douceur, joie et béatitude? dans la contemplation des choses divines et spirituelles. Si des pensées tyranniques les en arrachent sans leur aveu et seulement un instant, ils pensent avoir commis une sorte de sacrilège, qu’une pénitence immédiate vient aussitôt punir. Quelles larmes, pour avoir préféré à leur Créateur la vile créature qui a détourné le regard de leur âme ! Ils se taxent, je dirais presque d’impiété; et, encore que leur promptitude soit extrême à ramener vers la clarté de la Gloire divine les veux de leur coeur, les ténèbres, même fugitives, des pensées charnelles leur sont une chose insupportable, et ils ont en exécration tout ce qui retire leur esprit de cette vraie lumière. Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

C’est ainsi que les saints mettent en mépris toute la substance? de ce monde. Mais il est impossible qu’ils ne soient emportés jusqu’à elle, du moins par de brèves distractions; et nul parmi les hommes, notre Seigneur et Sauveur excepté, n’a pu contenir dans la contemplation divine la naturelle? mobilité de son âme, au point de ne s’en laisser détacher et de ne pécher jamais par l’affection? d’une chose créée. L’Écriture dit en effet : Les astres eux-mêmes ne sont pas purs devant Lui (Jb 25,5); et de nouveau : Il ne se fie pas à ses saints, et dans ses anges? Il trouve des défauts, ou, selon une version plus exacte : Parmi ses saints eux-mêmes, nul n’est immuable, et les cieux ne sont pas purs devant sa Face (Ibid., 15,15). Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

Déchoir, par le poids victorieux des pensées terrestres, des hauteurs sublimes de la contemplation; passer, contre sa volonté, et qui plus est à son insu, sous la loi du péché et de la mort; se voir détourner de la divine Présence, pour ne rien dire des autres causes de distractions, par les oeuvres énumérées plus haut, bonnes et justes à la vérité, terrestres néanmoins : voilà donc qui est pour les saints d’une expérience quotidienne. Certes, ils ont sujet de pousser des gémissements continuels vers le Seigneur  ; ils ont sujet de se proclamer pécheurs, non pas seulement de bouche, mais aussi de coeur, avec les sentiments d’une vraie humilité et componction; ils ont sujet de répandre sans cesse de vraies larmes de pénitence, en implorant le pardon des fautes où les entraîne chaque jour la fragilité de la chair. Aussi bien, c’est pour jusqu’au dernier instant de leur vie qu’ils se voient la proie des agitations qui leur sont une perpétuelle et cuisante douleur, hors d’état d’offrir leurs supplications elles-mêmes sans mélange d’inquiétude. Les Conférences: TROISIÈME CONFÉRENCE DE L’ABBA THÉONAS

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