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Gusdorf: La guerre des Sciences

sábado 16 de maio de 2009

« L’opposition qui s’établit entre l’ambition métaphysicienne et l’activité? scientifique pourrait se caractériser d’un côté par une prétention totalitaire, par un dogmatisme du transcendant impatient de réduire le détail des faits à l’obéissance définitive des principes rationnels, — de l’autre par une modestie animée de l’horreur d’avoir raison? trop vite, qui se cantonne dans l’immanence et poursuit avec patience le déchiffrement d’une réalité? de plus en plus complexe. Le cas de Descartes? et de Galilée fournit ici un exemple significatif. La condamnation de Galilée en 1633 est un coup terrible pour le prudent Descartes?; elle l’oblige à remanier son système et à en différer la publication. Mais cette solidarité première entre les deux hommes? n’empêche pas une divergence essentielle entre le métaphysicien Descartes? et Galilée qui figure l’un des premiers modèles du savant moderne. Descartes? s’est exprimé là-dessus avec la plus grande netteté. Il reconnaît que Galilée s’est engagé dans la bonne voie : « Je trouve en général, écrit-il au père Mersenne?, qu’il philosophe beaucoup mieux que le vulgaire en ce qu’il quitte le plus qu’il peut les erreurs de l’École et tâche à examiner les matières physiques par des raisons mathématiques. » Seulement ce premier point acquis, Descartes? fait reproche à Galilée d’avoir adopté dans ces recherches une attitude qui lui paraît nettement insuffisante : « Il me semble, poursuit-il qu’il manque beaucoup en ce qu’il... ne s’arrête pas à expliquer tout à fait une matière; ce qui montre qu’il ne les a point examinées par ordre, et que sans avoir considéré les premières causes de la nature? il a cherché les raisons de quelques effets particuliers, et ainsi, qu’il a bâti sans fondement » (oct. 1638, édit. Adam Tannery, II, 380). Galilée a consacré sa longue carrière à des recherches précises; il a été l’un des organisateurs de la méthode? expérimentale encore à ses débuts. Descartes? considère avec une certaine pitié ce chercheur trop modeste qui n’a pas déterminé dans l’absolu? les points de départ et d’arrivée de son enquête. Ce qui importe aux yeux du philosophe français, ce sont « les premières causes de la nature », — c’est-à-dire « les premiers principes métaphysiques de la science? de la nature qui un siècle et demi plus tard préoccuperont encore Kant?. »

G. Gusdorf, Vers une Métaphysique, cahier II : L’affirmation de la conscience? métaphysique, Paris, CDU, p. 3-4. et Traité de Métaphysique, A. Colin, 1956, p, 84.


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