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Diálogos de Platão

Platão - Fédon (60b-61c) – Prelúdio

Prelúdio do último encontro

domingo 19 de setembro de 2021, por Cardoso de Castro

    

Platão. Obras. Tr. Carlos Alberto Nunes. (ebook)

Platon. Oeuvres. Tr. Émile Chambry

Platon. Oeuvres. Tr. Victor Cousin

Platon. Complete Works. Tr. Benjamin Jowett

    

Nunes

Sócrates  , de seu lado, sentado no catre, dobrou a perna sobre a coxa e começou a friccioná-la duro   com a mão  , ao mesmo tempo que dizia: Como é extraordinário, senhores, o que os homens denominam prazer, e como se associa admiravelmente com o sofrimento  , que passa, aliás, por ser o seu contrário. Não gostam de ficar juntos no homem  ; mal alguém persegue e alcança um deles, de regra   é obrigado a apanhar o outro, como se ambos, com serem dois  , estivessem ligados pela cabeça  . Quer parecer-me, continuou, que se Esopo   houvesse feito essa observação  , não deixaria de compor uma fábula  : Resolvendo Zeus   pôr termo as suas dissensões contínuas, e não o conseguindo, uniu- os pela extremidade. Por isso, sempre que alguém alcança um deles, o outro lhe vem no rastro. Meu caso é parecido: após o incômodo da perna causada pelos ferros, segue-se-lhe o prazer.

Nesta altura, falou Cebete: Por Zeus, Sócrates, disse, foi bom que mo lembrasses. Diversas pessoas já me têm falado a respeito dos poemas que escreveste, aproveitando as fábulas de Esopo, e do hino em louvor de Apolo  . Anteontem mesmo, o poeta Eveno me interpelou sobre a razão   de compores verso desde que te encontras aqui, o que antes nunca fizeras. Se te importa deixar-me em condições de responder a Eveno quando ele voltar a falar- me a esse respeito - e tenho certeza   de que o fará - instrui- me sobre o que deverei dizer-lhe.

Então dize-lhe a verdade, Cebete, replicou: que não me movia o desejo de fazer-lhe concorrência nem aos seus poemas, quando compus os meus, o que, aliás, tentativa para rastrear o significado de uns sonhos e cumprir, assim, minha obrigação, no sentido de saber se era essa a modalidade de música   que me recomendavam com insistência. É o seguinte: Muitas e muitas vezes em minha vida pregressa, sob formas diferentes me apareceu um sonho  , porém dizendo sempre a mesma coisa: Sócrates, me falava, compõe música e a executa. Até agora eu estava convencido de ser justamente o que eu fizera a vida toda o que o sonho me insinuava e concitava a fazer, à maneira de como costumamos estimular os corredores: desse mesmo modo, o sonho me exortava a prosseguir em minha prática habitual, a compor música, por ser a Filosofia a música mais nobre e a ela eu dedicar-me. Agora, porém, depois do julgamento   e por haver o festival do deus   adiado minha morte, perguntei a mim   mesmo se a música que com tanta insistência o sonho me mandava compor não seria essa espécie popular, tendo concluído que o que importava não era desobedecer ao sonho, porém fazer o que ele me ordenava. Seria mais seguro cumprir essa obrigação antes de partir, e compor poemas em obediência ao sonho. Assim, comecei por escrever   um hino em louvor à divindade cuja festa então se celebrava. Depois da divindade, considerando que quem quiser ser poeta de verdade terá de compor mitos e não palavras, por saber- me incapaz de criar no domínio   da mitologia, recorri às fabulas de Esopo que eu sabia de cor e tinha mais à mão, havendo versificado as que me ocorreram primeiro.

Isso, Cebete, é o que deverás dizer a Eveno. Apresenta-lhe, também, saudações de minha parte, acrescentando que, se ele for sábio  , deverá seguir- me quanto antes. Parto, ao que parece, hoje mesmo; assim os determinam os Atenienses.

Chambry

Quant à Socrate, il se mit sur son séant dans son lit, puis, repliant sa jambe, il se la frotta avec sa main et, tout en frottant, nous dit : « Quelle chose étrange, mes amis, paraît être ce qu’on appelle le plaisir ! et quel singulier rapport il a naturellement avec ce qui passe pour être son contraire, la douleur ! Ils refusent de se rencontrer ensemble chez l’homme ; mais qu’on poursuive l’un et qu’on l’attrape, on est presque toujours contraint d’attraper l’autre aussi, comme si, en dépit de leur dualité, ils étaient attachés à une seule tête. Je crois, poursuivit-il, que si Ésope avait remarqué cela, il en aurait composé une fable, où il aurait dit que Dieu, voulant réconcilier ces deux ennemis et n’y pouvant réussir, leur attacha la tête au même point, et que c’est la raison pour laquelle, là où l’un se présente, l’autre y vient à sa suite. C’est, je crois, ce qui m’arrive à moi aussi, puisqu’après la douleur que la chaîne me causait à la jambe, je sens venir le plaisir qui la suit. »

Alors Cébès prenant la parole : « Par Zeus, Socrate, dit-il, il est heureux que tu m’en aies fait souvenir ; car, à propos des poésies que tu as composées en mettant en musique les fables d’Ésope et un prélude pour Apollon, plusieurs personnes m’ont déjà demandé, et l’autre jour encore Évènos, quelle idée tu as eue, depuis que tu es ici, de composer des vers, toi qui jusque-là n’en avais point fait de ta vie. Si donc tu tiens à ce que je puisse répondre à Évènos, quand il me posera de nouveau la question, car je suis sûr qu’il n’y manquera pas, apprends-moi ce qu’il faut que je lui dise.

— Eh bien, Cébès, répondit Socrate, dis-lui la vérité, que ce n’est pas dans le dessein de rivaliser avec lui ni avec ses poèmes que j’ai composé les miens, car je savais bien que ce n’était pas chose aisée, mais que c’était pour éprouver le sens de certains songes et que, pour acquitter ma conscience, je voulais m’assurer si c’était bien ce genre de musique qu’ils me prescrivaient de cultiver. Voici en effet de quoi il s’agissait. Souvent, dans ma vie passée, j’ai eu la visite du même songe ; il apparaissait tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, mais il me disait toujours la même chose : « Socrate, fais oeuvre de poète et cultive la musique. » Et moi, jusqu’ici, je croyais que c’était précisément ce que je faisais qu’il m’encourageait et m’excitait à pratiquer, et que, comme on encourage les coureurs, le songe m’excitait, moi aussi, à poursuivre mon occupation, à pratiquer la musique ; car, pour moi, la philosophie est la musique la plus haute, et c’est à elle que je m’appliquais. Mais à présent que mon procès a eu lieu et que la fête du dieu a fait surseoir ma mort, j’ai cru que je devais, si peut-être le songe me prescrivait de me livrer à la musique ordinaire, ne pas lui désobéir et m’y appliquer ; car il est plus sûr de ne pas partir avant d’avoir déchargé ma conscience en composant des poèmes pour obéir au songe. C’est ainsi que j’ai d’abord fait oeuvre de poète en l’honneur du dieu dont on célébrait la fête. Après cela, je pensai qu’un poète qui veut l’être   réellement devait composer des fictions et non des discours, et comme je ne me sentais pas ce talent, je pris les fictions qui étaient à ma portée et que je savais par coeur, celles d’Ésope, et je mis en vers les premières qui me vinrent à la mémoire.

Voilà, Cébès, l’explication que je te charge de donner à Évènos, avec mes salutations, en ajoutant que, s’il est sage, il me suive le plus vite possible. Car je m’en vais, paraît-il, aujourd’hui : c’est l’ordre des Athéniens. »

Cousin

Alors Socrate, se mettant sur son séant, plia la jambe qu’on venait de dégager, la frotta avec sa main, et nous dit en la frottant :

— L’étrange chose mes amis, que ce que les hommes appellent plaisir, et comme il a de merveilleux rapports avec la douleur que l’on prétend son contraire ! Car si le plaisir et la douleur ne se rencontrent jamais en même temps, quand on prend l’un, il faut accepter l’autre, comme si un lien naturel [60c] les rendait inséparables. Je regrette qu’Ésope n’ait pas eu cette idée ; il en eût fait une fable ; il nous eût dit que Dieu voulut réconcilier un jour ces deux ennemis ; mais que n’ayant pu y réussir, il les attacha à la même chaîne, et que pour cette raison, aussitôt que l’un est venu, on voit bientôt arriver son compagnon ; et je viens d’en faire l’expérience moi-même, puisqu’à la douleur que les fers me faisaient souffrir à cette jambe, je sens maintenant succéder le plaisir.

— Vraiment, Socrate, interrompit Cébès, tu fais bien de m’en faire ressouvenir ; car, à propos des [60d] poésies que tu as composées, des fables d’Ésope que tu as mises en vers, et de ton hymne à Apollon[93] quelques-uns et surtout Évenus[94], récemment encore, m’ont demandé par quel motif tu t’étais mis à faire des vers depuis que tu étais en prison, toi qui jusque-là n’en avais fais de ta vie. Si donc tu mets quelque intérêt à ce que je puisse répondre à Évenus, lorsqu’il viendra me faire la même question, et je suis sûr qu’il n’y manquera pas, apprends-moi ce qu’il faut que je lui dise.

— Eh bien ! mon cher Cébès, reprit Socrate, dis-lui la vérité : que ce n’a pas été assurément pour être son rival [60e] en poésie ; je savais bien que ce n’était pas chose facile ; mais pour éprouver le sens de certains songes, et acquitter ma conscience envers eux, si par hasard la poésie était celui des beaux-arts auquel ils m’ordonnaient de m’appliquer ; car, souvent, dans le cours de ma vie, un même songe m’est apparu, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, mais me prescrivant toujours la même chose : Socrate, me disait-il, cultive les beaux-arts. Jusqu’ici j’avais pris cet ordre pour une simple exhortation [61a] à continuer, et je m’imaginais que, semblables aux encouragements par lesquels nous excitons ceux qui courent dans la lice, ces songes, en me prescrivant l’étude des beaux-arts, m’exhortaient seulement à poursuivre mes occupations accoutumées, puisque la philosophie est le premier des arts, et que je me livrais tout entier à la philosophie. Mais depuis ma condamnation et pendant l’intervalle que me laissait la fête du dieu, je pensai que si par hasard c’était aux beaux-arts dans le sens ordinaire que les songes m’ordonnaient de m’appliquer, il ne fallait pas leur désobéir, et qu’il était plus sûr pour moi de ne quitter la vie qu’après avoir satisfait aux dieux, [61b] en composant des vers suivant l’avertissement du songe. Je commençai donc par chanter le dieu dont on célébrait la fête ; ensuite, faisant réflexion qu’un poète, pour être vraiment poète, ne doit pas composer des discours en vers, mais inventer des fictions, et ne me sentant pas ce talent, je me déterminai à travailler sur les fables d’Ésope, et je mis en vers celles que je savais, et qui se présentèrent les premières à ma mémoire. Voilà, mon cher Cébès, ce que tu diras à Evenus. Dis-lui encore de se bien porter, et s’il est sage, de me suivre. [61c] Car c’est apparemment aujourd’hui que je m’en vais, puisque les Athéniens l’ordonnent.

Jowett

And when she was gone, Socrates, sitting up on the couch, began to bend and rub his leg, saying, as he rubbed : How singular is the thing called pleasure, and how curiously related to pain, which might be thought to be the opposite of it ; for they never come to a man together, and yet he who pursues either of them is generally compelled to take the other. They are two, and yet they grow together out of one head or stem ; and I cannot help thinking that if Aesop had noticed them, he would have made a fable about God trying to reconcile their strife  , and when he could not, he fastened their heads together ; and this is the reason why when one comes the other follows, as I find in my own case pleasure comes following after the pain in my leg, which was caused by the chain.

Upon this Cebes said : I am very glad indeed, Socrates, that you mentioned the name of Aesop. For that reminds me of a question which has been asked by others, and was asked of me only the day before yesterday by Evenus the poet, and as he will be sure to ask again, you may as well   tell me what I should say to him, if you would like him to have an answer. He wanted to know why you who never before wrote a line of poetry, now that you are in prison are putting Aesop into verse, and also composing that hymn in honor of Apollo.

Tell him, Cebes, he replied, that I had no idea   of rivalling him or his poems ; which is the truth, for I knew that I could not do that. But I wanted to see whether I could purge away a scruple which I felt about certain dreams. In the course of my life I have often had intimations in dreams that I should make music. The same dream came to me sometimes in one form, and sometimes in another, but always saying the same or nearly the same words : Make and cultivate music, said the dream. And hitherto I had imagined that this was only intended to exhort and encourage me in the study of philosophy, which has always been the pursuit of my life, and is the noblest and best of music. The dream was bidding me to do what I was already doing, in the same way that the competitor in a race is bidden by the spectators to run when he is already running. But I was not certain of this, as the dream might have meant music in the popular sense   of the word, and being under sentence of death, and the festival giving me a respite, I thought that I should be safer if I satisfied the scruple, and, in obedience to the dream, composed a few verses before I departed. And first I made a hymn in honor of the god of the festival, and then considering that a poet, if he is really to be a poet or maker, should not only put words together but make stories, and as I have no invention, I took some fables of esop, which I had ready at hand and knew, and turned them into verse. Tell Evenus this, and bid him be of good cheer ; that I would have him come after me if he be a wise man, and not tarry ; and that to-day I am likely to be going, for the Athenians say that I must.


Ver online : Oeuvres complètes (Brisson)