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Maïtre Eckhart ou la joie errante

Schürmann (Eckhart:36-38) – Um novo comércio com as coisas (§§2-3)

Mestre Eckhart - Sermão II

segunda-feira 10 de outubro de 2022, por Cardoso de Castro

      

O desapego   ou a "não identificação" (segundo e terceiro parágrafos do Sermão II de Eckhart  ).

      

tradução parcial

O termo-chave do segundo parágrafo é eigenschaft, apego, podendo significar também propriedade. Se apegar às imagens, e através delas às coisas, como a uma propriedade, eis o que deixa o espírito estupefato e faz obstáculo à recepção. "Eu poderia ser de uma inteligência tão vasta que todas as imagens que todos os homens jamais teriam recebido e aquelas que são em Deus   ele mesmo se encontrassem em mim   intelectualmente...", esta hipótese oratória de um homem   que teria a ciência de todas as coisas reunidas faz lembrar o início do "hino à caridade" de São Paulo   [1Co 13:1-13]; aqui ela abre o elogio da via de Mestre Eckhart  : eis quão grande deve ser o Desapego   daquele que quer ser livre e desprendido como era em sua preexistência e como é em seu intelecto   (noûs). Qualquer que seja minha ciência, todavia posso me tornar "virgem", pois todo meu saber não impedirá a acolhida de Jesus em mim senão na medida em que a possua com avidez  . O apego fere a liberdade. Vê-se: o que cria obstáculo ao espírito e se opõe à virgindade   espiritual, não são as representações como tais, mas é o apego às representações.

Uma única coisa importa: relaxar a apreensão exercida sobre as coisas, e se despossuir. Deixar aí todo apego e receber   em troca a Serenidade — alcançado isso serei livre como o era quando não era. A via de Mestre Eckhart é a via do Desapego.

Esse mesmo parágrafo estabeleceu um elo entre o que Eckhart chama o apego, e a temporalidade. O homem apegado às coisas está disposto entre um antes e um depois, habita a duração, enquanto que o desapego é uma questão de «este atual agora» (in disem gegenwertigen nû). O homem desapegado habita o instante  . Depois é uma questão de «o que faço ou não faço», isto é das obras. As obras são postas em paralelo com as representações intelectuais: para umas e para outras pode-se tê-las como a uma propriedade. Ter uma cultura, empreender obras: uma e outra fazem obstáculo tanto quanto esta cultura e essas obras são adquiridas ou executadas na duração, isto é projetadas, realizadas, possuídas. O «antes» de uma obra é seu projeto (mais adiante se encontrará a expressão «obras premeditadas»), o «depois», sua recompensa  . Projeto e recompensa são marcas   de propriedade e não podem ser conformes à «vontade muito amada de Deus». A duração é o modo de temporalidade correspondente ao apego.

A temporalidade do desapego, o instante, aniquila o projeto tanto quanto a recompensa. Não é senão ele próprio. Qualquer que seja minha ciência e quaisquer que sejam minhas obras, se nesse instante atual onde me entrego disponho como se não dispusesse disso, se sou livre e desprendido à seu respeito como o estive na origem, então sou verdadeiramente desapegado. É em «este agora» sempre novo que sobrevém e se verifica o desprendimento.

Original

Écoutez bien l’enseignement que je vais vous donner. Je pourrais être d’une intelligence si vaste que toutes les images que tous les hommes ont jamais reçues et celles qui sont en Dieu même se trouvent en moi intellectuellement; si cependant je n’y étais nullement attaché, au point qu’en tout ce que je fais ou ne fais pas je n’en saisisse aucune avec attachement — avec son avant et son après — mais que dans cet actuel maintenant je me tienne libre et affranchi pour la volonté très aimée de Dieu et son accomplissement sans trêve, en vérité, alors je serais vierge, sans l’entrave de toutes les images, aussi véritablement que je l’étais alors que je n’étais pas.

Le mot-clé du deuxième paragraphe est : eigenschaft, attachement. Il peut également signifier propriété. S’attacher aux images, et à travers elles aux choses, comme à une propriété, voilà qui laisse l’esprit   stupéfait et fait obstacle à la réception. « Je pourrais être d’une intelligence si vaste que toutes les images que tous les hommes ont jamais reçues et celles qui sont en Dieu lui-même se trouvent en moi intellectuellement... », cette hypothèse oratoire d’un homme qui aurait la science de toutes choses réunies n’est pas sans rappeler le début de « l’hymne à la charité » de saint Paul [I Cor. 13, 1]; ici elle ouvre l’éloge de la voie de Maître Eckhart : voyez combien grand doit être le détachement de celui qui veut être libre et affranchi comme il l’était en sa préexistence et comme il l’est dans son intellect. Quelle que soit ma science, je peux néanmoins devenir « vierge », car tout mon savoir n’entravera l’accueil   de Jésus en moi que dans la mesure où je le possède avec avidité. L’attachement blesse la liberté. On le voit : ce qui encombre l’esprit et s’oppose à la virginité spirituelle, ce ne sont pas les représentations comme telles, mais c’est l’attachement aux représentations.

Une seule chose importe : relâcher l’emprise exercée sur les choses, et se déposséder. Laisser là tout attachement et recevoir en échange la sérénité — parvenu à cela je serai libre comme je l’étais alors que je n’étais pas. La voie de Maître Eckhart est la voie du détachement.

Ce même paragraphe établit un lien entre ce qu’Eckhart appelle l’attachement, et la temporalité. L’homme attaché aux choses est distendu entre un avant et un après, il habite la durée, tandis que le détachement est affaire de « cet actuel maintenant » (in disent gegenwertigen nû). L’homme détaché habite l’instant. Puis il est question de « ce que je fais ou ne fais pas », donc des œuvres. Les œuvres sont mises en parallèle avec les représentations intellectuelles : aux unes et aux autres on peut tenir comme à une propriété. Avoir une culture, entreprendre des œuvres : l’un et l’autre font obstacle tant que cette culture et ces œuvres sont acquises ou exécutées dans la durée, c’est-à-dire projetées, réalisées, possédées. L’« avant » d’une œuvre est son projet (plus loin on rencontrera l’expression « œuvres préméditées »), l’« après », sa récompense. Projet et récompense sont des marques de propriété et ne peuvent être conformes à « la volonté très aimée de Dieu ». La durée est le mode de temporalité correspondant à l’attachement.

La temporalité du détachement, l’instant, annihile le projet aussi bien que la récompense. Il n’est que lui-même. Quelle que soit ma science et quelles que soient mes œuvres, si dans cet actuel instant où je m’y adonne j’en dispose comme n’en disposant pas, si je suis libre et affranchi à leur égard comme je l’étais à l’origine, alors je suis véritablement détaché. C’est dans « ce maintenant » toujours nouveau que survient et se vérifie le détachement.

Que vient faire ici ce développement sur l’instant? Nombreux sont les auteurs, païens et chrétiens, qui nous ont laissé des confidences sur un « raptus » instantané dans lequel l’âme réintègre en une bienheureuse extase la plénitude originaire d’où elle vient. Par quelque pratique ou illumination soudaine, elle s’enfuit hors des contraintes d’ici-bas et goûte, tel un prisonnier évadé du cachot, aux délices de la patrie.

On pourrait croire que dans notre texte il s’agit d’une expérience semblable : Maître Eckhart ayant d’abord parlé du monde des idées d’où nous venons, indiquerait ici le chemin du retour, le temps d’un ravissement. Il n’en est rien. Nous l’avons dit : Eckhart, en parlant de « cet actuel maintenant », entend signifier non pas quelque sortie du temps, mais son acceptation dans l’égalité d’âme. Il signifie un commerce avec les choses. Ce qu’il dit ici de l’instant, opposé à la durée, décrit une façon de se mouvoir dans le monde, non de s’en évader. Le détachement porte une marque de « mondanité », puisqu’il désigne l’être auprès des choses, sans mainmise.


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