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Tch’an (Zen). Racines et floraisons

Marinette Bruno (Tch’an) – Algumas noções chaves

Introdução

quinta-feira 15 de setembro de 2022, por Cardoso de Castro

    

sin et wou sin, nien et wou nien et tao  

    

Que l’on soit ou non sinologue, si l’on veut approcher le Tch’an  , il faut se familiariser avec quelques termes aussi essentiels pour l’expérience que pour la doctrine et que la traduction ne peut que trahir.

Sin est assurément l’un de ces mots-là, vraie pierre d’achoppement des traductions en langues occidentales, surtout en français. Il désigne le coeur, à la fois comme organe et comme siège de la pensée ainsi que des sentiments. Or, en français, si nous disons « cœur » nous excluons la « pensée » et inversement. Le mot « conscience » lorsqu’il s’applique à l’ensemble de nos facultés psychiques a une plus ample acception, il est le plus juste mais d’un emploi parfois difficile. Ajoutons à cela que sin, comme nous allons le voir, peut avoir une dimension d’infini. La plupart des traducteurs retiennent « esprit   », celui de Houei-neng   a choisi « cœur ». Il faut se résigner à conclure qu’aucune traduction n’est satisfaisante et à prier le lecteur de garder en mémoire toutes les implications du terme.

Or il s’agit d’un terme-clé du Tch’an puisque ce cœur de l’être  , fondement de toute la personne avec ses particularités, son conditionnement et ses limites est pourtant celui des Buddha  , infini et immaculé, lorsque l’ignorance a disparu.

Ici s’articule tout le Tch’an. Ici tout est dit d’un seul mot :

Il faut obtenir wou sin, la non-existence de cette conscience d’ignorant, de l’esprit ordinaire, de la pensée dualisante, du cœur lourd d’attachements, toutes ces expressions ne faisant que traduire sin. Wou sin obtenu, que reste-t-il ? Justement sin, cette fois dans son sens d’infini.

Le retournement au niveau du langage répond à un retournement dans l’expérience vécue, au niveau de la conscience profonde, que l’école indienne du Vijnanavada décrit comme un « renversement du support » ouvrant sur l’Éveil. Désormais règne acitta (mot sanscrit morphologiquement analogue à wou sin), conscience libérée de la conscience ordinaire, empirique et dualisante. [1]

Lorsque Houei-neng, ayant évoqué la Grande Sapience   qu’il demande à ses disciples d’intérioriser dans leur cœur, lance le mot sanscrit « maha », « grand » et l’applique au cœur, c’est ce retournement, cette métamorphose qu’il espère les voir obtenir.

Suivant l’expérience au plus près, les maîtres tch’an emploient également et même plus souvent wou nien. Le caractère chinois comporte deux graphèmes : celui de sin et un autre qui suggère l’actuel, le présent ; l’ensemble désigne donc ce qui se passe dans la conscience à l’instant même, la pensée ou l’émotion du moment, généralement liée à l’apparition des événements. Lorsque le cœur et l’esprit ne sont plus troublés par le monde objectif, wou nien, disons en désespoir de cause « la non-pensée », est présente, la délivrance obtenue.

Comme il en est pour wou sin et sin, la non-pensée n’exclut que la pensée de l’ignorant; la pensée fonctionne mais autrement : elle ne papillonne plus et elle ne s’agrippe plus, elle ne fait plus mal, elle ne pèse plus, elle se révèle doucement au fond de ce cœur non-cœur puis s’envole aussitôt.

Et il en va de même pour l’action : wou wei, non-agir, est en fait l’activité libre, spontanée et parfaite.

Quant au mot Tao  , le lecteur occidental ayant tendance à l’interpréter comme témoignant d’une influence taoïste, les traducteurs s’efforcent de lui trouver un équivalent français et disent tantôt la Voie, tantôt l’Absolu, tantôt la Réalité ultime, etc. Ici aussi, la traduction réduit la richesse de suggestion d’un terme que confucianistes, taoïstes et bouddhistes emploient tous et qui revêt des sens nombreux, profonds, qu’il ne saurait être question d’envisager ici. Quelques remarques peuvent suffire.

Le sens élevé que le Taoïsme a donné au mot explique son emploi par les bouddhistes. P. Demiéville  , après avoir observé que « la Chine ne prit à l’Inde que ce qui lui convenait, ce qu’elle sentait pouvoir assimiler utilement » poursuit un peu plus loin en ces termes :

[Selon le Grand Véhicule ] « l’absolu échappe à toute causalité comme à toute logique, et donc à toute expression discursive : il relève du silence et n’est accessible qu’à la seule expérience mystique. Or, ce genre d’absolu conçu comme une réalité indéfinissable, inexpressible, soustraite aux modalités relatives et aux oppositions logiques de la pensée profane, c’était lui aussi que la philosophie taoïste, bien avant l’arrivée en Chine du Bouddhisme, avait appris à révérer sous le nom de Tao. Ce que la Chine retint du message bouddhique, ce fut donc essentiellement la doctrine du Grand Véhicule, cette dialectique de l’absolu qui éveillait des harmoniques dans la pensée chinoise ». [2]

L’ineffabilité du Tao, proclamée dès les premières lignes du Tao-tô king peut être rapprochée du refus de nommer dont font preuve les bouddhistes en disant seulement « Ainsi-té » (tatha-tâ), formule également trahie par les traductions.

Concluons à une affinité, non à une influence, sans prétendre clore le dossier !


Ver online : TCH’AN


[1D.T. Suzuki rend wou-sin et wou-nien par « No-mind » ou par « the Unconscious ». Mais l’Inconscient, même avec une majuscule, prête à toutes les confusions.

[2Le bouddhisme chinois par Paul Demiéville, dans un recueil collectif de conférences : Aspects de la Chine. P.U.F., Paris, 1959, 1er vol. p. 164-165.